On attribue aux plantes d’intérieur un pouvoir dépolluant depuis une expérience menée en 1989 par la NASA. Les expériences suivantes mesurent bien des retraits de COV, mais leur transposition à un logement mérite vérification. Le pot est-il devenu purificateur par simple changement d’adresse?
Le mythe a poussé dans une enceinte de la NASA

La légende moderne est généralement rattachée à une étude menée par la NASA en 1989 sur la qualité de l’air dans des habitats fermés. Des plantes y ont été exposées à des composés organiques volatils, ou COV, notamment le formaldéhyde et le benzène, dans des enceintes hermétiques. Une diminution de certains polluants a été mesurée. Le résultat était réel dans ce protocole précis.
Le glissement arrive ensuite. Une expérience réalisée dans un volume fermé devient une promesse pour le salon, la chambre et le bureau. La presse déco, les jardineries et le bouche-à-oreille ont sorti les plantes de leur enceinte de laboratoire. Une belle histoire, un mauvais changement d’échelle.
Une enceinte contrôlée ne fonctionne pas comme un appartement
Une enceinte de laboratoire limite les échanges avec l’extérieur et permet de suivre précisément les concentrations. Un logement, lui, possède des fenêtres, des portes, un système de ventilation et plusieurs sources possibles d’émissions. Les conditions de départ ne sont donc pas comparables.
Une baisse mesurée dans une enceinte hermétique ne prouve pas qu’une plante réduira suffisamment la pollution d’une pièce habitée. Le slogan a changé de décor, pas le protocole. Alors, que donnent les travaux menés après 1989?
Le dossier scientifique réduit le pot à sa juste taille

Le 6 juin 2018, Pettit, Irga et Torpy publient dans Chemosphere la revue scientifique Towards practical indoor air phytoremediation: A review. Les auteurs recensent des travaux montrant que des plantes en pot peuvent retirer différents polluants dans des expériences de laboratoire, tout en relevant des différences entre les mécanismes proposés et les rendements mesurés.
La revue distingue les pots passifs des biofiltres végétaux actifs. Dans ces derniers, un système fait circuler l’air à travers le substrat et une grande surface de végétation. Le dispositif augmente le contact entre l’air pollué, le milieu de culture et les racines. Les auteurs identifient un potentiel technique, mais demandent encore des recherches pour confirmer l’efficacité et la sécurité de ces systèmes dans les bâtiments. Un pothos sur une étagère n’est pas un biofiltre actif.
Le 6 novembre 2019, Cummings et Waring publient dans le Journal of Exposure Science and Environmental Epidemiology l’étude Potted plants do not improve indoor air quality: a review and analysis of reported VOC removal efficiencies. Ils reprennent 12 études et 196 résultats expérimentauxpuis convertissent les données en débit d’air propre, ou CADR, une mesure utilisée pour comparer l’action de dispositifs de traitement de l’air.
Le CADR médian d’une seule plante atteint 0,023 m³ par heure. Selon leur extrapolation, il faudrait environ 10 à 1 000 plantes par mètre carré pour obtenir un retrait des COV comparable à celui que l’échange d’air extérieur fournit déjà dans un bâtiment typique. La fourchette varie selon les espèces et les protocoles, mais l’ordre de grandeur ne laisse guère de place au doute : quelques pots ne rivalisent pas avec la ventilation.
Oui pour certains polluants, non pour la purification générale
Les résultats de laboratoire ne sortent pas de nulle part. Les polluants peuvent interagir avec les feuilles, le substrat et les micro-organismes associés aux racines. C’est le principe de la phytoremédiation. Mais le rendement dépend du dispositif, de la surface végétale, du polluant étudié et de la circulation de l’air.
Dans un pot ordinaire, l’air ne traverse pas activement le substrat. Le contact entre le polluant et les zones capables de le retenir ou de le transformer reste donc limité. Le terme « biofiltre » décrit un mécanisme possible, pas la performance garantie d’une plante décorative.
La photosynthèse absorbe du dioxyde de carbone et libère de l’oxygène à la lumière. Cela ne signifie pas qu’une plante élimine les COV d’une pièce à un rythme utile. Le CO2 et les polluants volatils ne sont pas le même dossier.
L’étude de 2025 ne transforme pas un pot en purificateur
Une étude comparative publiée en 2025 dans Scientific Reportsintitulée Comparative evaluation of air phytoremediation potential of four ornamental potted plants for ecofriendly biofilter applicationsexamine quatre espèces : Epipremnum aureumChlorophytum comosumSyngonium podophyllum et Cordyline fruticosa.
Les chercheurs testent la réduction de plusieurs COV, dont le benzène, le toluène, le benzaldéhyde et l’acétophénone, dans des chambres d’incubation, des enceintes à flux laminaire et un laboratoire organique pharmaceutique. Après une exposition standardisée de 40 minutes, Cordyline fruticosa affiche le meilleur résultat annoncé, avec une réduction de 87,5 % pour les COV étudiés.
Ce pourcentage décrit un protocole expérimental ciblé, pas la pollution d’un appartement occupé. L’étude ne permet donc pas de conclure qu’une plante réduira le risque sanitaire général d’un logement ou remplacera un système de ventilation.
Pourquoi la légende refuse de faner
Le mythe assemble plusieurs éléments exacts : une expérience NASA, l’absorption de certains COV par des plantes et un vocabulaire scientifique comme « biofiltre ». Puis il saute du laboratoire au salon en une phrase. La NASA donne à l’étiquette de jardinerie l’allure d’un protocole complet, alors qu’il manque la question du volume d’air traité.
L’effet de répétition fait ensuite son travail. Une même affirmation circule sur une étiquette, dans un article de décoration, puis sur un réseau social. Sa familiarité finit par ressembler à une preuve. Le biais de confirmation prend le relais : après avoir installé une plante, on remarque volontiers une pièce plus agréable, mais rarement l’absence de mesure des COV.
L’effet de halo ajoute une dernière couche. La verdure est visible, tandis que le polluant ne l’est pas. On attribue alors à la plante une qualité générale de purification parce qu’elle rend l’espace plus accueillant. La légende fonctionne comme un jeu de téléphone arabe : à chaque partage, le résultat de laboratoire gagne une promesse supplémentaire.
Pour alléger l’air, le pot ne passe pas en premier
Une démarche pratique remet chaque solution à sa place :
- Réduire les émissions à la source. Limiter la fumée, les solvants et les produits fortement émissifs diminue directement les polluants produits dans le logement.
- Assurer un renouvellement d’air adapté. Les travaux de 2019 montrent que l’échange d’air extérieur retire les COV bien plus efficacement que quelques plantes en pot dans un bâtiment typique.
- Évaluer un appareil avec le bon indicateur. Le débit d’air propre, le polluant visé et l’entretien du dispositif comptent davantage que la simple présence d’un appareil ou d’une plante.
- Garder les plantes à leur juste fonction. Elles peuvent retirer certains composés dans des conditions favorables et apporter une présence végétale. Elles ne constituent pas un équipement de sécurité ni un remplacement de la ventilation.
Sources et références scientifiques
- Comparative evaluation of air phytoremediation potential of four ornamental potted plants for ecofriendly biofilter applications – PMC. Scientific reports. DOI: 10.1038/s41598-025-30145-8 · PMID: 41462572.
- 1.Bandehali, S. et al. Current state of indoor air phytoremediation using potted plants and green walls. Atmosphere12 (4), 473. 10.3390/atmos12040473 (2021). [Google Scholar]. doi:10.3390/atmos12040473.
- 2.Zhou, L. et al. Development of pharmaceutical VOCs elimination by catalytic processes in China. Catalysts10 (6), 668. 10.3390/catal10060668 (2020). [Google Scholar]. doi:10.3390/catal10060668.
- 3.Zhang, B., Cao, D. & Zhu, S. Use of plants to clean polluted air: a potentially effective and low-cost phytoremediation technology. BioResources15 (3), 4650. 10.15376/biores.15.3.4650-4654 (2020). [Google Scholar]. doi:10.15376/biores.15.3.4650-4654.
- 4.Khanchi, A., Hebbern, C. A., Zhu, J. & Cakmak, S. Exposure to volatile organic compounds and associated health risks in windsor, Canada. Atmospheric Environ.120, 152-159. 10.1016/j.atmosenv.2015.08.092 (2015). [Google Scholar]. doi:10.1016/j.atmosenv.2015.08.092.
- 5.Dawane, V. et al. Nanobiosensors containing Noncarbon-Based nanomaterials to assess environmental pollution levels. In Nanotechnology for Environmental Pollution Decontamination (eds Tonelli, F. M., Bhat, R. A. & Dar, G. H.) 219-262 (Apple Academic, 2022). [Google Scholar].
- 6.Quesada, H. B. et al. Surface water pollution by pharmaceuticals and an alternative of removal by low-cost adsorbents: a review. Chemosphere222, 766-780. 10.1016/emosphere.2019.02.009 (2019). [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.chemosphere.2019.02.009.
- 7.Banerjee, A., Cardozo, S., Khuntia, S. P. & Upadhyay, A. K. Phytoremediation of pharmaceutical wastes. In Phytoremediation (eds Bhat, R. F., Tonelli, F. M. & Hakeem, K.) 387-414 (Elsevier, 2022). [Google Scholar].
- 8.Gawrońska, H. & Bakera, B. Phytoremediation of particulate matter from indoor air by chlorophytum comosum L. plants. Air Qual. Atmos. Health. 8, 265-272. 10.1007/s11869-014-0285-4 (2015). [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1007/s11869-014-0285-4.
- 9.Limmer, M. & Burken, J. Phytovolatilization of organic contaminants. Environ. Sci. Technol.50 (13), 6632-6643. 10.1021/t.5b04113 (2016). [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1021/acs.est.5b04113.
- 10.Roi-et, V. N. & Chaikasem, S. Potential of passive sampling and plant absorption to quantify inhalation exposure to volatile organic compounds. Environ. Nat. Resour. J.19 (1), 43-56. 10.32526/ennrj/19/2020110 (2021). [Google Scholar]. doi:10.32526/ennrj/19/2020110.
- 11.Mannan, M. & Al-Ghamdi, S. G. Investigating environmental life cycle impacts of active living wall for improved indoor air quality. Buil Environ.208, 108595. 10.1016/j.buildenv.2021.108595 (2022). [Google Scholar]. doi:10.1016/j.buildenv.2021.108595.
- 12.Matheson, S., Fleck, R., Irga, P. & Torpy, F. Phytoremediation for the indoor environment: a state-of-the-art review. Rev. Environ. Sci. Biotechnol.22 (1), 249-280. 10.1007/s11157-023-09644-5 (2023). [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1007/s11157-023-09644-5.
- Pettit T, Irga PJ, Torpy FR.. Towards practical indoor air phytoremediation: A review.. Chemosphere. 2018. DOI: 10.1016/j.chemosphere.2018.06.048 · PMID: 30068040. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Integrating multivariate analysis and Air Pollution Tolerance Index (APTI) to evaluate four ornamental plants for sustainable indoor air phytoremediation – PMC. Scientific reports. DOI: 10.1038/s41598-026-50763-0 · PMID: 42177233.
- 1.Bandehali, S. et al. Current state of indoor air phytoremediation using potted plants and green walls. Atmosphere12(4), 473. 10.3390/atmos12040473 (2021). [Google Scholar]. doi:10.3390/atmos12040473.
- 2.Elhadad, S. M., Shalaby, E. A., Saleh, I. H., & Omar, M. Y. Comparative evaluation of air phytoremediation potential of four ornamental potted plants for ecofriendly biofilter applications. Scientific Reports. (2025) [DOI] [PMC free article] [PubMed].
- 3.Zhou, L. et al. Development of pharmaceutical VOCs elimination by catalytic processes in China. Catalysts10(6), 668. 10.3390/catal10060668 (2020). [Google Scholar]. doi:10.3390/catal10060668.
- 4.Banerjee, A., Cardozo, S., Khuntia, S. P. & Upadhyay, A. K. Phytoremediation of pharmaceutical wastes. In Phytoremediation (eds Bhat, R. F. et al.) 387-414 (Elsevier, 2022). [Google Scholar].
- 5.Gawrońska, H. & Bakera, B. Phytoremediation of particulate matter from indoor air by Chlorophytum comosum L. plants. Air Qual. Atmos. Health8, 265-272. 10.1007/s11869-014-0285-4 (2015). [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1007/s11869-014-0285-4.
- 6.Limmer, M. & Burken, J. Phytovolatilization of organic contaminants. Environ. Sci. Technol.50(13), 6632-6643. 10.1021/t.5b04113 (2016). [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1021/acs.est.5b04113.
- 7.Roi-et, V. N. & Chaikasem, S. Potential of passive sampling and plant absorption to quantify inhalation exposure to volatile organic compounds. Environ. Nat. Resour. J.19(1), 43-56. 10.32526/ennrj/19/2020110 (2021). [Google Scholar]. doi:10.32526/ennrj/19/2020110.
- 8.Jeong, N. R., Kim, K. J., Yoon, J. H., Han, S. W. & You, S. Evaluation on the potential of 18 species of indoor plants to reduce particulate matter. J. People Plants Environ23, 637-646. 10.11628/ksppe.2020.23.6.637 (2020). [Google Scholar]. doi:10.11628/ksppe.2020.23.6.637.
- 9.Ranjbar-Fordoei, A. Impact of aeolian dust on leaf biochemical and biophysical attributes of pistachio (Pistacia vera L.): A case study for the Kashan (central Iran) pistachio orchards. J. Crop Prod. Process.8, 1-10 (2018) ([in Persian with English abstract]). [Google Scholar].
- 10.Treesubsuntorn, C. & Thiravetyan, P. Removal of benzene from indoor air by Dracaena sanderiana: Effect of wax and stomata. Atmospheric Environ57, 317-321. 10.1016/j.atmosenv.2012.04.016 (2012). [Google Scholar]. doi:10.1016/j.atmosenv.2012.04.016.
- 11.Daningsih, E. Analysis of stomatal number and size in six species of monocotiledon plants. EPiC Ser. Biol. Sci.1, 133-142 (2021). [Google Scholar].
- 12.Singh, J. et al. Spatio-temporal analysis of air quality in high traffic density zones of Haridwar City, India. Environ. Monit. Assess.197(8), 889 (2025). [DOI] [PubMed] [Google Scholar].
- Cummings BE, Waring MS.. Potted plants do not improve indoor air quality: a review and analysis of reported VOC removal efficiencies.. Journal of exposure science & environmental epidemiology. 2019. DOI: 10.1038/s41370-019-0175-9 · PMID: 31695112. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Sillon Vert. Plantes d’intérieur qui purifient l’air : mythe ou réalité?. 2026.
- Stephanie Rose. Houseplants as Biofilters: Do Indoor Plants Really Purify the Air?. 2025.
- Les plantes d’intérieur purifient-elles réellement l’air? Mythe ou efficacité réelle?. 2026.
- [1] Apotecanatura ().
- [2] Terrasseetjardindeparis ().
- [3] Stadlerform ().
- [4] Institut.veolia ().
- [5] Shield.store (shield.store).
- [6] Institut.veolia ().
- [7] Science-et-vie ().
- [8] Sciencesetavenir ().
- [9] Youtube ().
- [10] Sciencepost ().
- [12] Sauvaje ().
- Actually, Houseplants Don’t Clean the Air | American Lung Association.
