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    Science

    Les arbres communiquent-ils vraiment entre eux?

    LeonPar Leon2 septembre 2026Aucun commentaire13 Minutes de Lecture
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    Close-up of intertwined tree roots on a forest floor, showcasing nature's resilience.
    Photo de Walter Cunha sur Pexels.
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    Encore une légende qui refuse de mourir : les arbres se parleraient sous terre, s’enverraient des alertes et aideraient leurs voisins grâce à un réseau de champignons. L’image est séduisante. Les faits sont plus précis et beaucoup moins féeriques.

    « Communiquer » ne veut pas dire bavarder entre les branches

    Green olives growing on a branch with leaves
    Photo de Sue Winston sur Unsplash.

    En biologie, communiquer signifie qu’un organisme émet un signal, qu’un autre le détecte et que cette réception modifie sa physiologie ou son comportement. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir une voix, une intention consciente ou un conseil municipal de chênes.

    Chez les plantes, les signaux peuvent prendre la forme de molécules volatiles dans l’air, de substances libérées dans le sol, de réactions liées aux racines ou de transferts passant par des champignons. Le phénomène établi est un échange de signaux biologiques, pas une conversation au sens humain.

    Cette nuance évite un glissement fréquent. Dire qu’un arbre « prévient » ses voisins décrit rapidement une réaction observée. Dire qu’il « décide » de sauver un jeune arbre ajoute une intention que les expériences ne démontrent pas. Une observation solide peut ainsi enfler en métaphore à chaque partage.

    Le vrai filon passe par les champignons

    a person holding a handful of dirt in their hand
    Photo de Zineb Fafa sur Unsplash.

    Une symbiose, pas un câble magique

    Les mycorhizes sont des associations entre des champignons du sol et les racines des plantes. Le végétal fournit au champignon des composés carbonés issus de la photosynthèse. En échange, les filaments fongiques, appelés hyphes, explorent le sol et peuvent aider la plante à accéder à l’eau et aux éléments minéraux.

    Lorsque ces filaments relient les racines de plusieurs plantes, ils forment un réseau mycorhizien commun. Le réseau peut associer des plantes de la même espèce ou d’espèces différentes. Des recherches ont étudié la circulation de ressources nutritives, de signaux de défense et d’autres molécules dans ces connexions. Une voie biologique de circulation entre plantes existe donc dans certaines conditions.

    Premier problème pour la version romanesque : tous les arbres d’une forêt ne sont pas automatiquement branchés au même réseau. La connexion dépend des espèces végétales, des champignons présents, de la structure du sol, de la distance entre les racines et des conditions environnementales. Les effets observés dépendent eux aussi du couple plante-champignon.

    Le signal peut aussi prendre l’air

    Les champignons ne sont pas les seuls messagers possibles. Une plante attaquée par des insectes ou un agent pathogène peut modifier sa chimie et libérer des composés volatils. Des plantes proches qui détectent ces molécules peuvent alors activer certaines défenses. Ce mécanisme est documenté chez les plantes, mais il ne transforme pas chaque forêt en standard téléphonique.

    Une molécule libérée après une blessure déclenche une réponse seulement si la plante voisine possède les récepteurs adaptés. Une proximité entre deux arbres ne suffit donc pas à prouver un échange. La corrélation n’est pas la causalité, et la causalité ne prouve pas une pensée.

    2010 : l’expérience des tomates relance l’enquête

    tomatoes hanging on tomato plant
    Photo de Dan Gold sur Unsplash.

    Le dossier possède un repère scientifique précis. Une étude publiée dans PLOS ONE en 2010, intitulée Interplant Communication of Tomato Plants through Underground Common Mycorrhizal Networksa examiné des plants de tomate reliés par un réseau de champignons mycorhiziens arbusculaires.

    Les chercheurs ont inoculé des plants donneurs avec le pathogène Alternaria solani. Des plants voisins restés sains étaient, selon les groupes expérimentaux, reliés ou non aux donneurs par le champignon Glomus mosseae. Chez les plants récepteurs connectés, l’étude a observé une résistance accrue à la maladie, une hausse de plusieurs enzymes liées à la défense et l’activation de six gènes associés aux réponses défensives.

    Le résultat est précis : des plants de tomate sains ont modifié leur réponse après l’attaque de plants voisins connectés par un réseau mycorhizien. Cette étude porte sur des tomates, un pathogène, un champignon et un dispositif contrôlé, pas sur une forêt entière.

    Elle ne montre donc pas qu’un arbre attaqué prévient tous les arbres alentour, ni que ceux-ci préparent leurs feuilles à distance. Le résultat publié est plus modeste et plus utile : dans un contexte déterminé, un réseau fongique peut transmettre des signaux associés à la défense. Pas besoin d’y ajouter une sirène et une réunion d’urgence sous les fougères.

    2015 et 2025 : la science remet le folklore à sa place

    green leaf plant on black soil
    Photo de Suri Huang sur Unsplash.

    En 2015, la revue de synthèse Inter-plant communication through mycorrhizal networks mediates complex adaptive behaviour in plant communitiespubliée dans AoB PLANTSa examiné les réseaux mycorhiziens et leurs effets possibles sur la physiologie, la croissance, la nutrition et les défenses des plantes. Elle s’intéresse notamment aux systèmes ectomycorhiziens et passe en revue des résultats obtenus dans d’autres systèmes mycorhiziens.

    Son point décisif est la dépendance au contexte. Les réponses varient selon les signaux environnementaux, l’identité de la plante voisine et les caractéristiques du réseau fongique. La revue évoque le transfert de ressources, les signaux de défense, les composés chimiques et certains signaux électriques. Les résultats décrivent des interactions variables, pas une règle universelle de solidarité forestière.

    Un article de synthèse publié dans Plant Communications en 2025, Arbuscular mycorrhizal networks: A climate-smart blueprint for agricultures’appuie sur des milliers d’études expérimentales consacrées aux réseaux de mycorhizes arbusculaires. Son champ principal est l’agriculture. Il décrit des effets possibles sur l’acquisition des nutriments, la réponse aux stress et la résistance des cultures, tout en indiquant que les mécanismes de communication entre plantes et champignons restent mal compris.

    Cette revue présente aussi certains petits ARN comme une piste de mécanisme moléculaire et indique que le travail du sol, les monocultures de plantes non mycorhiziennes et les fongicides peuvent perturber les réseaux d’hyphes. Ces résultats renseignent sur le fonctionnement de systèmes mycorhiziens, mais ne suffisent pas à décrire chaque forêt comme un organisme unique.

    Ce que les études ne permettent pas d’affirmer

    Les expériences citées ne démontrent pas que les arbres tiennent des conversations conscientes. Elles ne prouvent pas non plus que des arbres âgés distribuent volontairement des ressources à tous les jeunes plants ou que chaque individu reconnaît sa parenté comme le ferait un animal social.

    Un transfert mesuré entre deux plantes ne permet pas d’en déduire une intention, un bénéfice réciproque ou une connexion généralisée. La question scientifique porte sur le signal, sa voie de transmission, les espèces concernées et l’effet mesurable. Le mot « communication » peut résumer ce processus, à condition de ne pas lui faire transporter plus de sens que le réseau lui-même.

    L’origine du mythe : un vrai phénomène, puis un grand coup de métaphore

    Exposed tree roots covered in green moss spreading across a forest floor
    Photo de Eilis Garvey sur Unsplash.

    Le récit repose sur plusieurs observations documentées : des racines peuvent être reliées par des champignons, des plantes peuvent modifier leur chimie après une attaque et des signaux peuvent déclencher une réponse chez un voisin. L’expression « Wood Wide Web » condense ces phénomènes en une image immédiatement compréhensible.

    Sauf que la comparaison avec Internet efface les conditions expérimentales. Un réseau informatique suit des protocoles définis. Un réseau mycorhizien évolue avec ses partenaires et son environnement. Il n’a ni serveur central, ni boîte de réception, ni ligne directe jusqu’au dernier épicéa.

    Cette image résiste aussi parce qu’elle rend visible un monde souterrain difficile à observer et donne une intention à des réactions complexes. Le biais de confirmation peut ensuite faire passer la proximité entre deux arbres pour une preuve d’entraide. L’effet de répétition renforce le raccourci : à force de lire que les arbres « parlent », la formule finit par sembler plus précise qu’elle ne l’est.

    La bonne question n’est donc pas « les arbres parlent-ils comme nous? », mais « quels signaux circulent, par quelle voie, entre quelles espèces et avec quel effet mesurable? ». Cette formulation est moins spectaculaire. Elle permet de distinguer un résultat expérimental d’une extrapolation qui transforme une étude sur des tomates en conversation générale dans toutes les forêts.

    Verdict : à nuancer

    Des échanges biologiques existent entre plantes, et certains arbres peuvent être reliés par des réseaux mycorhiziens. Les études ne démontrent ni conversations conscientes, ni réseau universel, ni solidarité automatique entre tous les arbres d’une forêt. La formule « les arbres communiquent » reste acceptable comme raccourci scientifique si elle désigne des signaux et des réponses mesurables, pas une société forestière calquée sur la nôtre.

    Sources et références scientifiques
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