Les doigts des koalas portent bien des crêtes qui rappellent les dermatoglyphes humains. Pour le scénario de scène de crime, en revanche, la loupe s’impose.
Une observation des années 1990, puis un scénario de polar
Les récits consacrés à cette particularité la font remonter aux années 1990 et citent régulièrement Maciej Henneberg, anthropologue lié à l’Université d’Adélaïde. Le point de départ est anatomique : les extrémités des doigts du koala portent des crêtes et des sillons qui ressemblent à ceux observés sur les doigts humains.
La date de 1996 est souvent avancée dans la circulation de cette histoire. Ensuite, le récit a changé de décor. Une observation sur la peau est devenue une anecdote policière : des enquêteurs australiens auraient confondu une trace de koala avec une empreinte humaine. L’histoire a tout d’une bonne légende urbaine, avec un animal inattendu et un rebondissement de série policière. Le détail anatomique tient debout, le fait divers beaucoup moins.
Des crêtes bien réelles, mais pas une empreinte humaine miniature
Une empreinte digitale correspond au relief formé par les crêtes épidermiques. Ces crêtes dessinent notamment des boucles, des verticilles et des arches. Chez l’humain, elles apparaissent avant la naissance et restent globalement stables au cours de la vie. Le terme « dermatoglyphes » désigne ces reliefs sur les doigts, les paumes, les orteils et la plante des pieds. Harold Cummins et Charles Midlo l’ont introduit en 1926.
Chez le koala, les crêtes visibles sur les doigts peuvent présenter des formes générales comparables à celles des humains. C’est cette ressemblance de structure qui frappe sur une photographie ou un moulage. Elle ne signifie pas que les lignes coïncident entre les deux espèces, ni que chaque trace aurait la même valeur en identification. Une boucle commune n’est pas une correspondance d’empreinte.
La ressemblance s’arrête avant les détails
Les spécialistes ne s’appuient pas uniquement sur la forme générale d’une empreinte. Ils examinent aussi les minuties, comme les terminaisons et les bifurcations des crêtes, ainsi que la qualité et la portion de trace disponible. Une étude publiée le 1er mai 2023 dans La Clinica terapeuticaintitulée Sex differences in minutiae frequencies of thumbprint with respect to dermatoglyphic patternsa comparé les empreintes de 100 personnes. Elle montre que la fréquence des minuties varie selon le motif observé et la main étudiée. Cette étude porte sur des humains, pas sur les koalas, mais elle rappelle pourquoi la catégorie « boucle » ou « verticille » ne suffit pas à établir une identité. Motif général similaire, détails individuels différents.
Une convergence possible, pas une preuve de fonction
Le koala est un marsupial et l’humain un primate : leurs lignées évolutives sont très éloignées. La présence de crêtes digitales comparables relève donc d’une ressemblance apparue dans deux lignées distinctes. Les biologistes parlent d’évolution convergente lorsque des espèces différentes développent des caractéristiques comparables en réponse à des contraintes similaires.
Le koala saisit des branches et des feuilles d’eucalyptus avec ses mains. Il est donc plausible que des reliefs cutanés participent à la préhension ou au contrôle du contact avec les surfaces. Mais la simple ressemblance avec les doigts humains ne démontre pas la fonction exacte de ces crêtes. L’évolution convergente est une hypothèse explicative, pas une preuve gravée dans l’empreinte.
Le crime parfait existe surtout dans le récit
La partie la plus spectaculaire de la légende affirme qu’une empreinte de koala aurait déjà trompé des enquêteurs sur une scène de crime. Or cette anecdote n’est pas étayée par un rapport officiel, un dossier judiciaire ou une affaire confirmée. La possibilité théorique d’une erreur ne constitue pas la preuve qu’elle s’est produite.
Une trace isolée peut être partielle, dégradée ou mélangée à d’autres marques. Ces difficultés existent pour toute analyse d’empreinte. Elles ne transforment pas pour autant une ressemblance visuelle en identité entre une main de koala et une main humaine. La police n’a pas besoin d’un koala fugitif pour rencontrer une trace de mauvaise qualité : l’animal ne fournit simplement pas le cas célèbre promis par la rumeur. Aucune confusion criminelle documentée ne complète ce dossier.
Pourquoi le mythe colle autant aux doigts
Cette histoire part d’un fait exact, puis lui ajoute une conséquence plausible en apparence. À force de répétition, le « les crêtes se ressemblent » devient « elles sont impossibles à distinguer », puis « la police s’est déjà trompée ». C’est le téléphone arabe des réseaux sociaux : une information qui enfle à chaque partage sans gagner un seul élément de preuve.
Le biais de confirmation favorise ensuite les images qui semblent valider la légende. Une photo rapprochée d’une patte de koala à côté d’un doigt humain est mémorable. Elle montre une ressemblance générale, mais elle ne montre ni une expertise judiciaire ni une affaire réelle. L’effet de halo joue aussi : parce que le koala paraît presque humain sur l’image, le scénario qui l’accompagne semble plus crédible. Une image frappante ne remplace pas un dossier.
Sources et références scientifiques
- Kaur M, Kaur J, Kaur A, Kamal P.. Sex differences in minutiae frequencies of thumbprint with respect to dermatoglyphic patterns.. La Clinica terapeutica. 2023. DOI: 10.7417/ct.2023.2531 · PMID: 37199361. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Associations Between Dermatoglyphic Patterns and Oral Diseases in Children: A Systematic Review and Meta-Analysis – PMC. Cureus. DOI: 10.7759/cureus.95455 · PMID: 41306153.
- 1.Global, regional, and national prevalence, incidence, and disability-adjusted life years for oral conditions for 195 countries, 1990-2015: a systematic analysis for the global burden of diseases, injuries, and risk factors. Kassebaum NJ, Smith AG, Bernabé E, et al. J Dent Res. 2017;96:380-387. doi: 10.1177/0022034517693566. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1177/0022034517693566.
- 2.Cummins H, Midlo C. Philadelphia: Blakiston. Philadelphia, PA: Blakiston; 1943. Finger Prints, Palms and Soles: An Introduction to Dermatoglyphics. [Google Scholar].
- 3.Revival of dermatoglyphics: syndromes and disorders, a review. Lakshmana N, Nayyar AS, Pavani BV, Ratnam MV, Upendra G. Adv Hum Biol. 2017;7:2-7. [Google Scholar].
- 4.Three patterns of inheritance of quantitative dermatoglyphic traits: Kosovo Albanian twin study. Temaj G, Škarić-Jurić T, Butković A, Behluli E, Zajc Petranović M, Moder A. Twin Res Hum Genet. 2021;24:371-376. doi: 10.1017/thg.2021.56. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1017/thg.2021.56.
- rmatoglyphics in health and oral diseases-a review. Prabhu N, Issrani R, Mathur S, Mishra G, Sinha S. JSM Dent. 2014;2:1044. [Google Scholar].
- 6.Does dermatoglyphics an essential tool for predicting dental caries? – a systematic review. Suganya P, Fathima L, Prabu D, Mohan R, Bharathwaj B, Prashanthy MR. Indian J Forensic Med Toxicol. 2021;15:650-660. [Google Scholar].
- 7.The correlation between dental caries and dermatoglyphics: a systematic review and meta-analysis. Wang H, Yan J, Ouyang W, Xu X, Lan C, Ouyang S, Sun D. J Clin Pediatr Dent. 2024;48:45-58. doi: 10.22514/jocpd.2024.125. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.22514/jocpd.2024.125.
- n dermatoglyphics predict dental caries? A review. Roy S, Sen J. Int J Health Allied Sci. 2021;10:95-107. [Google Scholar].
- rmatoglyphic features in nonsyndromic cleft lip and/or palate patients and their parents in China. Ma H, Qiu Y, Zhu W, Chao H, Shi B. Cleft Palate Craniofac J. 2014;51:76-82. doi: 10.1597/11-172. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1597/11-172.
- 10.Evaluating fluctuating asymmetry in a Brazilian population with non-syndromic cleft lip and/or palate. Leite BD, Queiroz IN, Aquino SN, et al. J Plast Surg Hand Surg. 2015;49:289-294. doi: 10.3109/2000656X.2015.1042387. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.3109/2000656X.2015.1042387.
- 11.Association between ABO, Rh blood groups, lip and dermatoglyphic patterns, and nonsyndromic oral clefts: a case-control study. Sivanand N, Junaid M, Sivapathasundaram B, et al. J Indian Soc Pedod Prev Dent. 2021;39:9-15. doi: 10.4103/jisppd.jisppd_23_21. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.4103/jisppd.jisppd_23_21.
- 12.A comparative evaluation of dermatoglyphics in different classes of malocclusion. Jindal G, Pandey RK, Gupta S, Sandhu M. Saudi Dent J. 2015;27:88-92. doi: 10.1016/j.sdentj.2014.11.012. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.sdentj.2014.11.012.
- Dermatoglyphic Patterns in Patients Having Impacted and Erupted Third Molars, A Comparative Study – PMC. Journal of pharmacy & bioallied sciences. DOI: 10.4103/jpbs.jpbs_188_23 · PMID: 37694040.
- 1.Lakshmana N, Nayyar AS, Pavani BV, Ratnam MVR, Upendra G. Revival of dermatoglyphics:Syndromes and disorders, a review. Adv Hum Biol. 2017;7:2-7. [Google Scholar].
- 2.Asnani M, Soni A, Asnani P, Mistry E, Patel N, Gupta A. The mystery of handprints, Dermatoglyphics and dentistry. Int J Oral Care Res. 2018;6:31-4. [Google Scholar].
- 3.Achalli S, Patla M, Nayak USK, Soans CR. Dermatoglyphics and orthodontics. Int J Orthod Rehabil. 2016;7:144-7. [Google Scholar].
- 4.Passi D, Singh G, Dutta S, Srivastava D, Chandra L, Mishra S, et al. Study of pattern and prevalence of mandibular impacted third molar among Delhi-National Capital Region population with newer proposed classification of mandibular impacted third molar:A retrospective study. Natl J Maxillofac Surg. 2019;10:59-67. doi: 10.4103/njms.NJMS_70_17. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.4103/njms.NJMS_70_17.
- 5.Miclotte A, Grommen B, Cadenas de Llano-Pérula M, Verdonck A, Jacobs R, Willems G. The effect of first and second premolar extractions on third molars:A retrospective longitudinal study. J Dent. 2017;61:55-66. doi: 10.1016/j.jdent.2017.03.007. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.jdent.2017.03.007.
- 6.Juodzbalys G, Daugela P. Mandibular third molar impaction:Review of literature and a proposal of a classification. J Oral Maxillofac Res. 2013;4:e1. doi: 10.5037/jomr.2013.4201. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.5037/jomr.2013.4201.
- 7.Ramesh DNSV, Thriveni R, Rachel BB, Manshi P, Byatnal A, Kempwade P. Comparative study to analyse the correlation between dermatoglyphics and impacted teeth. J Indian Acad Oral Med Radiol. 2020;32:145-8. [Google Scholar].
- 8.Narang D, Das A, Kumar P, Sahani M, Tripathi V, Sur J, et al. Dermatoglyphics (finger prints) as predilection marker for impacted teeth:A randomized blind trial. Int J Bioas. 2016;5:4851-7. [Google Scholar].
- View in NLM Catalog.
- Download.nbib.nbib.
- Format: AMA APA MLA NLM.
- AMA APA MLA NLM.
- Correlation of dental caries and dermatoglyphic patterns: A study in pediatric population – PMC. Journal of family medicine and primary care. DOI: 10.4103/jfmpc.jfmpc_208_20 · PMID: 32984159.
- 1.Bhat PK, Badiyani BK, Aruna CN, Chengappa S, Bhaskar NN. Dermatoglyphics-A new diagnostic tool in detection of dental caries among deaf and mute children. Int J Clin Dent Sci. 2011;2:80-4. [Google Scholar].
- 2.Ramani P, Abhilash PR, Sherlin HJ, Anuja N, Premkumar P, Chandrasekar T, et al. Conventional dermatoglyphics-revived concept: A review. Int J Pharm Bio Sci. 2011;2:446-58. [Google Scholar].
- 3.Madan N, Rathnam A, Bajaj N. Palmistry: A tool for dental caries prediction. Indian J Dent Res. 2011;22:213-18. doi: 10.4103/0970-9290.84289. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.4103/0970-9290.84289.
- 4.Mulvihill JJ, Smith DW. The genesis of dermatoglyphics. J Pediatr. 1969;75:579-89. doi: 10.1016/s0022-3476(69)80453-1. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/s0022-3476(69)80453-1.
- 5.Anitha C, Sapna K, Sunil RN, Kumar NC, Preetha P. Dermatoglyphics: A genetic marker for early childhood caries. J Indian Soc Pedod Prev Dent. 2015;32:220-4. doi: 10.4103/0970-4388.135828. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.4103/0970-4388.135828.
- 6.Schaumann B, Alter M. Dermatoglyphics in Medical Disorders. New York, Heidel Berg, Berlin: Springer-Verlage; 1976. pp. 14-75. [Google Scholar].
- 7.Baca OR, Del Valle Mendoza L, Guerrero NA. Dermatoglyphics of a high altitude Peruvian population and inter population comparisons. High Alt Med Biol. 2001;2:31-40. doi: 10.1089/152702901750067891. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1089/152702901750067891.
- 8.Cvjeticanin M, Polovina A. Quantitative analysis of digitopalmar dermatoglyphics in male children with central nervous system lesion by quantification of clinical parameters of locomotor disorder. Acta Med Croatica. 1999;53:5-10. [PubMed] [Google Scholar].
- 9.Mathew L, Hegde AM, Rai K. Dermatoglyphic peculiarities in children with oral clefts. J Indian Soc Pedod Prev Dent. 2005;23:179-82. doi: 10.4103/0970-4388.19005. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.4103/0970-4388.19005.
- 10.Tikare S, Rajesh G, Prasad KW, Thippeswamy V, Javali SB. Dermatoglyphics: A marker for malocclusion? Int Dent J. 2010;60:300-4. [PubMed] [Google Scholar].
- 11.Munishwar PD, Thiyam B, Veerabhadrappa RS, Singh D, Tyagi K, Shah S. Qualitative analysis of dermatoglyphics in oral submucous fibrosis. J Indian Acad Oral Med Radiol. 2015;27:207-12. [Google Scholar].
- 12.Prabhu N, Issrani R, Mathur S, Mishra G, Sinha S. Dermatoglyphics in health and oral diseases-A review. JSM Dent. 2014;2:1044. [Google Scholar].
- Emma Derome. Le crime parfait : les koalas ont des empreintes digitales très proches de celles des humains. 2024.
- William Niocolas. Are There Documented Cases of Koala Fingerprints Confusing Crime-Scene Investigators?. 2025.
- Infox. Les empreintes digitales des koalas et des humains : vrai ou faux?. 2026.
- FactPop. Les koalas ont-ils des empreintes digitales?. 2026.
