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    Science

    Les éponges de mer sont-elles vraiment des animaux?

    LeonPar Leon21 août 2026Mise à jour:21 août 2026Aucun commentaire11 Minutes de Lecture
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    Clear view of textured rocky underwater surface with natural colors.
    Photo de Jonathan Borba sur Pexels.
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    Fixée à un rocher, silencieuse et parfois ramifiée comme une plante, l’éponge de mer semble avoir raté le casting du règne animal. Pourtant, son corps filtre l’eau, capture des particules et repose sur une organisation cellulaire propre aux métazoaires. Le cliché paraît solide. Le dossier, beaucoup moins.

    Une silhouette de plante, un dossier d’animal

    underwater view of a large rock
    Photo de Francesco Ungaro sur Unsplash.

    La confusion vient d’abord de ce que l’on voit. Une éponge adulte reste attachée à son support et ne possède ni pattes, ni nageoires, ni partie visible qui ressemble à une tête. Certaines forment des tubes, des croûtes ou des masses ramifiées. À l’œil nu, la plante aquatique paraît donc être la meilleure hypothèse.

    Les éponges de mer appartiennent pourtant à l’embranchement des Porifères, ou Poriferadans le règne animal. Ce sont des organismes multicellulaires dont les cellules coopèrent pour assurer la nutrition, les échanges et la construction du corps. Leur immobilité décrit un mode de vie, pas une catégorie biologique. La photo de vacances a plaidé coupable un peu vite.

    Pour trancher, il faut quitter la silhouette et regarder le fonctionnement. Le premier indice se trouve dans le trajet de l’eau.

    Le corps filtreur trahit le règne animal

    An underwater view of some rocks and water
    Photo de Artists Eyes sur Unsplash.

    Une éponge fait entrer l’eau de mer par de nombreux pores. L’eau circule dans un réseau de canaux et de chambres tapissés de cellules spécialisées, puis ressort par une ouverture plus large appelée oscule.

    Ce courant permanent apporte de l’oxygène, transporte des particules alimentaires et évacue les déchets. Les cellules retiennent notamment des bactéries, du plancton et d’autres matières présentes dans l’eau, avant de les digérer au niveau cellulaire.

    Les Porifères se nourrissent par filtration, au lieu de produire leur matière organique grâce à la lumière. Ce fonctionnement les distingue d’une plante aquatique, même si leur corps reste fixé et parfois ramifié. L’apparence végétale ne résiste pas longtemps à l’examen du système d’alimentation.

    Le nom Porifera signifie « porteurs de pores ». Les pores, les canaux et l’oscule forment le dispositif qui permet à l’éponge de se nourrir, de respirer et d’éliminer ses déchets.

    Pas d’organes, pas de panique

    Close-up view of a vibrant yellow sea sponge in the waters of Cozumel, Mexico.
    Photo de James Lee sur Pexels.

    Le mouvement ne fait pas le classement

    Les Porifères ne possèdent pas de vrais organes ni de système nerveux. Leur corps est formé de cellules spécialisées intégrées dans une matrice extracellulaire. Certaines participent à la circulation de l’eau, d’autres au transport des nutriments ou à la construction du squelette.

    Selon les groupes, ce squelette contient des spicules de silice ou de carbonate de calcium, ainsi que des fibres de spongine. Cette armature donne une forme et une rigidité à l’organisme, sans transformer l’éponge en structure minérale inerte. Ses cellules restent actives, même lorsque le corps ne bouge pas.

    L’absence de cerveau et de système nerveux ne retire donc pas aux éponges leur statut d’animaux. Elle indique une organisation différente de celle des animaux dotés de muscles, de neurones et d’organes spécialisés. L’évolution n’a pas distribué un formulaire obligatoire avec une case « cerveau » à cocher.

    Une classification appuyée par plusieurs études

    Publié en 2014 dans le Journal of Biomedical Semanticsl’article scientifique The Porifera Ontology (PORO): enhancing sponge systematics with an anatomy ontology décrit les Porifères comme d’anciens métazoaires dépourvus d’organes. Il porte sur leur anatomie et sur sa description standardisée pour la systématique, ce qui en fait un repère direct sur leur organisation.

    Un article publié en 2016 dans Frontiers in PhysiologyPhysiology and Evolution of Voltage-Gated Calcium Channels in Early Diverging Animal Phylaétudie les Porifères parmi plusieurs embranchements animaux à divergence précoce. Une revue parue dans Cells en 2020, Rho Family of Ras-Like GTPases in Early-Branching Animalsinclut également les Porifères parmi les quatre embranchements d’animaux non bilatériens.

    Ces travaux ne classent pas les éponges d’après leur couleur ou leur immobilité. Ils examinent leur anatomie, leurs cellules, leurs mécanismes physiologiques et leurs relations évolutives. Le mythe tient mal dès qu’on remplace la photo par les données.

    Les gènes compliquent l’enquête, pas le verdict

    A sponge and a sponge on a white surface
    Photo de matsushita kouki sur Unsplash.

    Une éponge ne possède pas de neurones, mais ses cellules peuvent tout de même recevoir des signaux et modifier leur forme, leur adhésion ou leurs mouvements. La revue publiée dans Cells en 2020 s’intéresse notamment aux protéines Rho, des interrupteurs moléculaires impliqués dans les réponses cellulaires chez les animaux à divergence précoce.

    La présence de mécanismes de signalisation ne signifie pas qu’une éponge possède un réseau nerveux. Elle montre que certaines fonctions cellulaires sont plus anciennes que les organes qui les réunissent chez d’autres animaux.

    Une étude comparative publiée le 15 août 2025 dans le Journal of Bioenergetics and Biomembranes a comparé des protéines mitochondriales chez 49 espèces animales à divergence précoce, dans un travail centré sur la méduse Stomolophus sp.2. Elle rapporte la présence d’homologues UCP4 et UCP5 chez les placozoaires et les éponges. Les auteurs indiquent toutefois que le rôle exact de ces protéines dans ces lignées reste à établir. La génétique enrichit donc le dossier, mais elle n’invente pas un cerveau d’éponge miniature.

    Pourquoi la légende reste collée au fond marin

    A bright yellow tube sponge growing on a coral reef underwater
    Photo de Alan Emery sur Unsplash.

    Premier raccourci : immobilité égale plante. Une éponge et une plante peuvent être fixées, mais elles ne se nourrissent pas de la même manière. L’une utilise un courant d’eau pour capturer des particules, l’autre produit généralement sa matière organique grâce à la lumière.

    Autre indice trompeur : la simplicité du corps. Une éponge n’a ni cœur, ni intestin, ni cerveau, ni système nerveux centralisé. Pour une intuition habituée à associer animalité et mouvement, cette organisation semble suspecte. Pourtant, les cellules spécialisées et le réseau de canaux assurent les fonctions nécessaires à sa survie.

    Le troisième ressort est l’effet de répétition. Une affirmation reprise dans une image, une vidéo ou une conversation devient familière. Le cerveau peut alors confondre familiarité et exactitude. Le biais de confirmation renforce la boucle : on remarque la forme végétale, puis on sélectionne les informations qui semblent la confirmer.

    Il faut enfin distinguer l’animal de l’objet qui porte le même nom. Une éponge de mer vivante est un organisme marin appartenant aux Porifères. Une éponge synthétique de salle de bains est un objet fabriqué. Le vocabulaire entretient la confusion, la zoologie la dissipe.

    Les éponges de mer sont bien des animaux. Elles appartiennent aux Porifères, sont multicellulaires, se nourrissent par filtration et possèdent des cellules spécialisées, malgré l’absence d’organes et de système nerveux. Leur allure de plante est trompeuse, leur classification ne l’est pas.

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    42. Are Sea Sponges Real Animals? The Science Explained [Truth Inside]. 2026.
    43. François N’konou. Éponge de mer : caractéristiques, habitat et alimentation. 2023.
    44. Les éponges marines sont-elles des animaux ou des plantes?.

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