Ah, les piscines ! Ces lieux de détente et de rafraîchissement où nous aimons nous prélasser durant les chaudes journées d’été. Mais avez-vous déjà entendu cette légende urbaine qui circule depuis des décennies ? Celle qui prétend qu’il existe un produit spécial capable de détecter si quelqu’un a fait pipi dans l’eau, en colorant l’urine d’une teinte rouge ou bleue autour du fautif ? Cette rumeur tenace a hanté l’esprit de nombreux enfants et même d’adultes, les dissuadant de se soulager discrètement dans les bassins publics.

Aujourd’hui, je vais faire toute la lumière sur cette question et lever le voile une fois pour toutes. Après des recherches approfondies et des entretiens avec des experts, je peux vous assurer que cette légende n’est rien d’autre qu’un mythe persistant. Cependant, comme toute légende, elle trouve son origine dans des faits réels que nous allons explorer ensemble.

L’origine de la légende

Comme souvent avec les légendes urbaines, il est difficile de retracer avec précision l’origine de celle-ci. Cependant, certains indices laissent penser qu’elle pourrait remonter à l’avènement des premières piscines publiques modernes en France, au début du 20e siècle.

C’est en effet durant cette période que les piscines dédiées à la pratique de la natation ont commencé à se développer dans les grandes villes françaises. La piscine de la Butte-aux-Cailles, inaugurée en 1924 à Paris, est considérée comme l’une des plus anciennes de ce type. Elle a imposé aux visiteurs de passer par des douches et des pédiluves pour des raisons d’hygiène, une pratique alors relativement nouvelle.

Quelques années plus tard, en 1930, la piscine des Amiraux devenait la première piscine parisienne à utiliser le chlore comme méthode de désinfection de l’eau, selon un procédé appelé « verdunisation ». Ce procédé, mis au point pendant la Première Guerre mondiale, permettait de rendre l’eau potable en utilisant une faible dose de chlore.

C’est probablement à cette époque que la légende du « produit colorant l’urine » a pris naissance, selon Martine Roberge, une ethnologue québécoise que j’ai pu interroger. « La légende du ‘détecteur d’urine’ pourrait être apparue avec l’avènement des piscines publiques en Europe et en Amérique du Nord, ainsi que l’utilisation de techniques de désinfection comme le chlore pour rendre ces bassins d’eau stagnante plus salubres », m’a-t-elle expliqué.

Le rôle du chlore et des chloramines

Effectivement, le chlore joue un rôle essentiel dans le traitement de l’eau des piscines publiques. Son utilisation permet d’éliminer les bactéries et autres micro-organismes potentiellement nuisibles pour la santé des baigneurs. Cependant, le chlore réagit également avec les matières organiques présentes dans l’eau, comme la sueur, les cheveux ou… l’urine.

Cette réaction chimique entre le chlore et les composés organiques produit des substances appelées « chloramines ». Ces chloramines sont responsables de l’odeur caractéristique des piscines intérieures, souvent décrite comme une odeur de « chlore » forte et désagréable. Elles peuvent également provoquer des irritations oculaires, cutanées et respiratoires chez les baigneurs et le personnel de la piscine.

C’est probablement cette réaction chimique qui est à l’origine de la légende du « produit colorant ». Certains ont pu remarquer que l’eau devenait légèrement trouble ou prenait une teinte verdâtre après que quelqu’un ait uriné dans le bassin, ce qui a pu alimenter les rumeurs d’un produit spécial capable de détecter l’urine.

Cependant, comme l’a souligné Véronique Campion-Vincent, une chercheuse française que j’ai consultée, « Si un tel produit existait réellement, il serait difficile, en cas de forte fréquentation, de repérer un fautif parmi la foule. De plus, ce produit devrait réagir uniquement à l’urine et non aux autres composés organiques présents dans l’eau, ce qui semble peu probable. »

Un mythe persistant

Malgré le manque de preuves tangibles de l’existence d’un tel produit, la légende du « détecteur d’urine » persiste avec une vigueur étonnante. Elle a même traversé les frontières et les océans, se répandant dans de nombreux pays occidentaux.

Aux États-Unis, par exemple, le site de fact-checking Snopes a consacré un article complet à cette légende en 2000, la qualifiant de « mythe urbain ». Selon Snopes, cette rumeur serait liée à une autre légende populaire dans les écoles américaines, selon laquelle les boutons d’alarme incendie seraient équipés de sprays de peinture rouge pour « dénoncer » les élèves qui les déclencheraient par plaisanterie.

En République tchèque, cette légende a même acquis une valeur éducative auprès des enfants, comme me l’a expliqué Petr Janecek, un ethnologue et folkloriste tchèque. « Les enseignants utilisent cette histoire pour dissuader les élèves d’uriner dans la piscine lors des cours de natation. Étonnamment, de nombreux adultes y croient également. »

En France, il est probable que cette légende se raconte toujours entre enfants, par défi ou par simple curiosité. Elle rejoint d’autres croyances enfantines entourant les piscines, comme celle des nageurs qui se seraient tués en sautant du grand plongeoir ou celle du « petit bassin plus chaud à cause du pipi des petits ».

Un produit réactif à l’urine existe bel et bien, mais…

Bien que la légende du « produit colorant l’urine » soit infondée dans le cadre des piscines publiques, il existe bel et bien un produit réactif à l’urée (un composé présent dans l’urine). Cependant, son utilisation est limitée à des tests de qualité de l’eau, effectués en dehors des bassins.

Ce produit, généralement à base de réactifs chimiques, change de couleur lorsqu’il est exposé à l’urée ou à l’ammoniac, un autre composé présent dans l’urine. Cette réaction colorée permet aux techniciens de détecter la présence d’urine dans un échantillon d’eau et d’évaluer son niveau de pollution.

Cependant, comme me l’a confirmé Aurore Van de Winkel, une chercheuse belge spécialisée dans les légendes urbaines, « Ce produit n’est en aucun cas utilisé dans les bassins eux-mêmes. Son utilisation dans une piscine publique soulèverait de nombreux problèmes pratiques et éthiques, sans parler du risque de provoquer une réaction de panique chez les baigneurs. »

Des niveaux d’urine inquiétants dans les piscines publiques

Si la présence d’un « détecteur d’urine » dans les piscines est un mythe, la réalité n’en est pas moins préoccupante. En effet, de nombreuses études ont révélé des niveaux alarmants d’urine dans les bassins publics, mettant en évidence un problème d’hygiène majeur.

En 2017, une étude publiée dans la revue Environmental Science & Technology Letters a fait grand bruit en estimant que les piscines municipales canadiennes contenaient entre 30 et 75 litres d’urine ! Ces chiffres, bien que spécifiques à l’échantillon étudié, ont suscité l’indignation et l’inquiétude du public.

Comme l’a souligné François Denis, un journaliste du Figaro Santé, « La présence d’urine dans les piscines présente un risque non négligeable. Le chlore, même s’il est un produit de désinfection efficace, peut se recombiner avec ces matières organiques et former des sous-produits irritants, entraînant des troubles oculaires, cutanés et respiratoires. »

Cette situation met en lumière l’importance cruciale du respect des règles d’hygiène dans les piscines publiques, tant pour les baigneurs que pour le personnel. Il est primordial de prendre une douche savonneuse avant d’entrer dans le bassin et de ne pas uriner dans l’eau, aussi tentant que cela puisse être.

Comment réduire les risques liés à l’urine dans les piscines

Bien que la légende du « produit colorant l’urine » soit infondée, elle soulève une problématique réelle : comment garantir la qualité de l’eau et la santé des baigneurs dans les piscines publiques ? Voici quelques pistes de réflexion et de solutions envisageables :

  1. Sensibilisation et éducation

    Il est essentiel de mener des campagnes de sensibilisation auprès du grand public, en particulier auprès des enfants, pour promouvoir les bonnes pratiques d’hygiène dans les piscines. Les légendes urbaines, bien que fausses, peuvent être utilisées comme outils pédagogiques pour dissuader les comportements indésirables.

  2. Amélioration des installations sanitaires

    Les piscines publiques devraient être équipées d’installations sanitaires adéquates, facilement accessibles et bien entretenues. Cela encourage les baigneurs à utiliser les toilettes plutôt que de se soulager dans le bassin.

  3. Renforcement des contrôles et des sanctions

    Les autorités compétentes devraient effectuer des contrôles réguliers de la qualité de l’eau et imposer des sanctions dissuasives en cas de non-respect des normes d’hygiène. Cela responsabiliserait les exploitants de piscines et les inciterait à prendre les mesures nécessaires pour préserver la santé des baigneurs.

  4. Investissement dans des technologies de traitement de l’eau innovantes

    Les progrès technologiques offrent de nouvelles solutions pour le traitement de l’eau des piscines, comme l’utilisation des rayons UV ou de l’ozone pour détruire les chloramines et autres sous-produits indésirables. Ces technologies devraient être davantage adoptées par les exploitants de piscines publiques.

Un appel à la responsabilité collective

Au final, la légende du « produit colorant l’urine » dans les piscines est bel et bien un mythe. Cependant, elle met en lumière un enjeu sanitaire réel : la nécessité de maintenir une eau de baignade saine et propre dans les piscines publiques.

Que vous soyez un simple baigneur, un parent, un exploitant de piscine ou une autorité compétente, nous avons tous un rôle à jouer pour préserver la qualité de ces espaces de loisirs et de bien-être. En adoptant des comportements responsables, en respectant les règles d’hygiène et en encourageant les bonnes pratiques, nous contribuons à créer un environnement sain et agréable pour tous.

Alors, la prochaine fois que vous entendrez cette légende, n’ayez crainte : aucun nuage coloré ne viendra vous dénoncer. Mais n’oubliez pas non plus que l’eau des piscines n’est pas un urinoir géant ! Respectons-la pour que chacun puisse en profiter pleinement, sans risque pour sa santé.

Sur ce, je vous souhaite de passer un excellent moment dans votre piscine préférée, en toute tranquillité d’esprit et en toute sécurité sanitaire !

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