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    Accueil » Blog » Le Bermuda Triangle japonais (mer du Diable) existe-t-il vraiment?
    Science

    Le Bermuda Triangle japonais (mer du Diable) existe-t-il vraiment?

    LeonPar Leon11 septembre 2026Aucun commentaire8 Minutes de Lecture
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    A diver in a wetsuit preparing on a boat for an underwater exploration.
    Photo de Kindel Media sur Pexels.
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    Au sud du Japon, la mer du Diable est associée à des navires disparus, à des volcans sous-marins et à des forces mystérieuses. Les dangers maritimes, eux, sont bien réels. La question est de savoir si ces accidents prouvent l’existence d’un triangle paranormal. Le dossier mérite mieux qu’une carte mystérieuse et quelques récits répétés.

    Un triangle tracé après les faits

    A close up of a map of the world
    Photo de Etienne Girardet sur Unsplash.

    Pour comprendre l’histoire, il faut commencer par son nom. L’expression japonaise ma no umi peut se traduire par « mer du Diable », mais elle désigne une mer dangereuse et non une zone triangulaire aux frontières fixes. Le terme a d’ailleurs été employé pour plusieurs espaces maritimes réputés difficiles. Il ne suffit donc pas à établir l’existence d’un territoire paranormal.

    La version internationale du mythe se diffuse surtout avec les livres de Charles Berlitz. Dans The Bermuda Trianglepublié en 1974, l’auteur présente une zone du Pacifique comme l’équivalent japonais du célèbre triangle de l’Atlantique. En 1989, The Dragon’s Triangle élargit encore le récit. La popularisation moderne du triangle du Dragon commence donc dans les années 1970. Elle ne remonte pas à une tradition japonaise parfaitement documentée.

    Berlitz avance que neuf navires modernes et plusieurs centaines de marins ont disparu entre 1950 et 1954. Mais le périmètre varie selon les versions. Certaines descriptions se concentrent au sud de Tokyo, autour des îles Izu et Ogasawara. D’autres étendent la zone vers Taïwan, Guam ou la mer des Philippines. Une carte aussi souple permet d’y rattacher des incidents très éloignés les uns des autres. Dans un récit pareil, le triangle grandit plus vite que les preuves.

    En 1975, Larry Kusche publie The Bermuda Triangle Mystery Solved. Il reprend plusieurs cas attribués au triangle et les compare aux récits disponibles. Son enquête relève notamment des erreurs de localisation, des navires de pêche présentés comme des bâtiments militaires et des conditions météorologiques moins calmes que ne le laissent entendre les versions sensationnelles. Les naufrages existent, mais leur regroupement sous un même label ne suffit pas à créer un phénomène spécial.

    Le volcan qui remplace le dragon

    A research vessel sailing on a calm river with trees lining the shore under a clear blue sky.
    Photo de Arwin de Bruine sur Pexels.

    Le cas du Kaiyo Maru No. 5 occupe une place centrale dans la légende. Le 24 septembre 1952, ce navire japonais de recherche disparaît alors qu’il étudie l’activité du volcan sous-marin Myōjin-shō, au sud des îles Izu. Les 31 personnes à bord meurent. La tragédie est incontestable, mais son contexte fournit déjà une explication naturelle : le navire travaillait à proximité d’un volcan sous-marin actif et des débris ont été retrouvés après l’éruption.

    Dans la version spectaculaire, le bâtiment aurait été envoyé enquêter sur des disparitions avant de disparaître à son tour. Sa mission portait pourtant sur l’activité volcanique de Myōjin-shō. Le volcan a produit un scénario suffisamment violent sans qu’il soit nécessaire d’ajouter un dragon marin au rapport d’enquête.

    La région cumule les risques connus des zones volcaniques et sismiques. Les fonds marins sont profonds, les conditions météorologiques peuvent changer rapidement et les typhons touchent régulièrement le Pacifique occidental. Pour une embarcation de pêche, une mer formée, une radio limitée ou une perte de visibilité peuvent suffire à provoquer un accident. Une mer dangereuse n’a pas besoin d’être mystérieuse pour être mortelle.

    Un navire perdu n’est pas toujours disparu

    a fishing boat with seagulls flying around it
    Photo de Stéfano Girardelli sur Unsplash.

    Autre indice : le mot « disparu » recouvre plusieurs situations. Un navire peut sombrer, perdre le contact radio, dériver ou être emporté par une tempête sans laisser immédiatement une épave facile à localiser. Dans un océan profond, l’absence de débris visibles ne prouve ni une disparition instantanée ni une cause surnaturelle.

    L’épisode du Shinyo Maru No. 10 montre l’importance de vérifier la suite du récit. Le 4 janvier 1955, le navire perd le contact radio près de Mikura-jima. Il est retrouvé sain et sauf le 15 janvier. Pendant ces onze jours, le silence nourrit la réputation de la mer maudite. Le bateau n’avait pourtant pas été englouti par une anomalie : il avait été retrouvé.

    Le même tri concerne les neuf navires cités par Berlitz. Plusieurs sont de petites embarcations de pêche, certains incidents se déroulent en dehors des limites retenues pour le triangle et d’autres sont associés à des tempêtes. Une liste de naufrages ne devient pas une preuve paranormale parce qu’on lui donne un nom commun.

    Il manque surtout une comparaison fiable. Pour démontrer un taux d’accident anormal, il faudrait connaître le nombre de navires présents dans la zone, leurs routes, leur type, les conditions météorologiques et les résultats obtenus dans des régions comparables. Le récit sélectionne les cas spectaculaires, mais ne fournit pas ce dénominateur. C’est le biais de disponibilité en pleine mer : les disparitions marquent les mémoires, tandis que les traversées ordinaires ne deviennent jamais des légendes.

    Pourquoi le mythe continue de flotter

    body of water surrounded by fog
    Photo de JOHN TOWNER sur Unsplash.

    La légende assemble des éléments réels : des naufrages, une activité volcanique et une météo difficile. Elle ajoute ensuite une forme géométrique, des chiffres impressionnants et l’idée d’une zone spéciale. Cette construction donne une apparence d’ordre à des événements qui n’ont pas nécessairement la même cause. Une belle histoire, un mauvais dossier.

    La répétition renforce ensuite l’impression de vérité. Le récit de 1974 est repris dans le livre de 1989, puis dans des articles, des vidéos et des publications en ligne. À chaque transmission, les réserves disparaissent alors que les détails inquiétants restent. C’est le téléphone arabe, version océanique : le triangle s’étend à chaque partage et les précisions gênantes passent par-dessus bord.

    Le biais de confirmation complète le mécanisme. Une personne qui s’attend à trouver une anomalie retiendra le navire perdu et oubliera celui retrouvé. Elle rapprochera les incidents qui confortent l’histoire et écartera les données qui la contredisent. Le biais de disponibilité produit le même effet : les cas spectaculaires semblent plus fréquents parce qu’ils sont les seuls à circuler.

    La distinction entre source primaire et source secondaire permet de remettre les rôles à leur place. Un journal de bord, un rapport de sauvetage ou un rapport volcanologique documente un événement précis. Un livre qui rassemble plusieurs cas pour construire un récit mystérieux les réorganise et les interprète. Charles Berlitz a popularisé la mer du Diable dans le monde anglophone, mais cette popularisation ne transforme pas ses affirmations en résultats scientifiques.

    La mer est réelle, le triangle ne tient pas

    Woman walking through a vast grassy field towards a mountain
    Photo de Zion C sur Unsplash.

    La réponse dépend donc du sens donné à l’expression. Oui, la mer du Diable peut désigner une région du Pacifique exposée aux volcans sous-marins, aux séismes, aux tempêtes et aux accidents maritimes. Non, les éléments examinés ne montrent pas l’existence d’un triangle aux frontières reconnues où les navires disparaîtraient selon un mécanisme inconnu.

    Verdict : plutôt faux

    La mer du Diable correspond à des eaux réellement dangereuses, mais aucune preuve solide ne valide un triangle paranormal comparable au Triangle des Bermudes. Le récit moderne repose surtout sur la popularisation de Charles Berlitz, tandis que les cas les plus connus, dont celui du Kaiyo Maru No. 5s’inscrivent dans des circonstances naturelles et documentées.

    Sources et références scientifiques
    1. Inoue K, Kasai A, Rosyadi I, Sato H.. Occurrence of Kudoa prunusi and K. lateolabracis (Myxozoa: Myxosporea: Multivalvulida) in Philippine-Sea Japanese parrotfish (Calotomus japonicus).. Parasitology research. 2022. DOI: 10.1007/s00436-021-07418-y · PMID: 35006316. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
    2. Osawa M, Sato T, Komai T.. New records of Munidopsidae (Decapoda: Anomura) from Japan, with description of a new species of Galacantha A. Milne-Edwards, 1880.. Zootaxa. 2026. DOI: 10.11646/zootaxa.5760.2.5 · PMID: 42408692. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
    3. Kim BS, Kang CK, Jung HK, Kim HW, Park HJ, Park JW, Lee CI.. Sea of Okhotsk warming impacts adult return abundance of southwestern marginal Chum salmon populations over four decades.. Scientific reports. 2026. DOI: 10.1038/s41598-026-58635-3 · PMID: 42350482. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
    4. Kanita Bajrami. The Devil’s Sea: Japan’s Bermuda Triangle and the Ships That Never Came Back. 2026.
    5. Dan Jacobs. Dragon's Triangle Explained: Japan's Devil's Sea True Story. 2026.
    6. Contributeurs aux projets Wikimedia. mer de l'Océan Pacifique. 2012.
    7. [modifier | modifier le code].
    8. Notes et références.
    9. ↑ Charles Berlitz en fait la démonstration à la p. 15 de Triangle du Dragon..
    10. ↑ En 1972, le biologiste Ivan Sanderson annonce dans un article qu'il existe, selon ses recherches, près de douze zones comparables (Saga Magazine: « Les 12 zones du diable autour du monde »)..
    11. ↑ La grille cristalline de Goncharov, Makarov et Morozov publiée la première fois dans Khimiya i Zhizn (journal de sciences soviétiques) confirme et développe les données de Sanderson..
    12. ↑ Charles Berlitz, Le Triangle du Dragon, chapitre 2, p. 25..
    13. ↑ Charles Berlitz, Le triangle du Dragon, Sankaku-nami, p. 14-15..
    14. ↑ Cette théorie relatée par Berlitz provient de scientifiques ayant voulu comprendre l'important magnétisme de la zone. Ils l'expliquent par des explosions d'activité magnétique, p. 17..
    15. Contributors to Wikimedia projects. region of the Pacific, south of Tokyo. 2004.
    16. ↑ Japanese newspaper Asahi Shimbun has claimed the following areas as "ma-no umi" or "ma-no kaiiki" before 1954: Bay of Bengal (1914.07.26 morning), Kuril Islands (1924.05.31 evening), Korea Strait (1926.03.28 morning), Lake Baikal (1926.04.02 morning), Korsakov (town) (1930.05.04 morning), East coast of Japan (1930.07.19 evening), Hainan (1939.02.11 morning), Near the United Kingdom (1939.12.15 evening), Atlantic Ocean (1940.03.08 evening), and Taiwan Strait (1954.10.20 evening).
    17. ↑ Asahi Shimbun 1955.01.12 morning.
    18. 1 2 Yomiuri Shimbun 1955.01.14 morning.
    19. ↑ Kusche 1975, p. 257..
    20. ↑ TOKYO GETS NEWS FROM MISSING SHIP; Faint Signal Ends Japanese Fears for Vessel's Fate — All Aboard Are Safe – The New York Times.
    21. ↑ Kusche 1975, p. 253..
    22. ↑ Kusche 1975, p. 258..
    23. ↑ Berlitz 1974, p. 92..
    24. ↑ Berlitz 1974, p. 91..
    25. ↑ Berlitz 1989, p. 15..
    26. ↑ Berlitz 1989, p. 24..
    27. ↑ Kusche 1975, pp. 254-255..
    28. Mer du Diable – Encyclopédie Wikimonde.

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