Oui pour certaines populations, mais pas au sens où un papillon ferait seul l’aller-retour entre le Canada et le Mexique. La distance, l’itinéraire et le nombre de générations changent la réponse.
Le compteur dit oui, mais il faut préciser la population
Les monarques de l’est de l’Amérique du Nord quittent les zones de reproduction du Canada méridional et du nord des États-Unis à l’automne. Ils rejoignent des sites d’hivernage situés au Mexique. Pour cette population, la migration vers le sud atteint bien l’ordre de plusieurs milliers de kilomètres.
Une étude publiée dans Ecology en 2011, « Monarch butterfly migration and parasite transmission in eastern North America »a suivi des monarques à différents points de la voie migratoire de la côte est. Elle s’intéressait surtout aux liens entre migration et transmission d’un parasite, mais elle concerne bien la population orientale qui effectue ce long déplacement.
À l’ouest, la route n’est pas la même
Les monarques situés à l’ouest des montagnes Rocheuses se dirigent vers des sites d’hivernage de la côte californienne. Leur trajet est généralement plus court. D’autres populations, notamment dans les régions tropicales, sont sédentaires ou effectuent seulement des déplacements limités.
La formule « les papillons monarques parcourent plusieurs milliers de kilomètres » transforme donc une réalité précise en règle générale. Le chiffre dépend du point de départ, de la destination et de la population étudiée. Une bonne piste, mais un mauvais candidat pour une moyenne universelle.
Le grand trajet ne tient pas dans un seul cycle de vie
Le deuxième piège concerne le mot « voyage ». Le cycle migratoire annuel est multigénérationnel. La génération qui part vers le sud rejoint les sites d’hivernage, tandis que le retour vers les zones de reproduction nord-américaines est relayé par les descendants.
Dans la revue scientifique publiée le 1er septembre 2018 dans Current BiologySamuel M. Reppert et Jaap de Roode décrivent cette migration comme un parcours réalisé sur plusieurs générations. Leur article, « Demystifying Monarch Butterfly Migration »présente la migration nord-américaine vers le Mexique et les mécanismes qui permettent aux monarques de s’orienter.
Il faut donc séparer deux affirmations. Oui, un monarque de la population migratrice peut couvrir une très longue distance lors de la migration vers le sud. Non, un seul individu ne réalise pas l’ensemble du cycle annuel entre le Mexique et le Canada. Le mythe tient debout, mais il a perdu une génération en route.
La boussole n’est pas magique, elle est biologique
Les monarques qui partent vers le sud n’ont pas besoin d’avoir déjà vu leur destination. La revue de 2018 décrit chez eux une boussole solaire corrigée par une horloge circadienne située notamment dans les antennes. Cette horloge aide l’insecte à interpréter la position du Soleil au fil de la journée.
Lorsque le ciel est couvert, les monarques peuvent aussi utiliser une boussole magnétique sensible à l’inclinaison du champ terrestre. Les conditions atmosphériques, les barrières géologiques et les interactions entre individus peuvent fournir d’autres repères. L’adresse mexicaine n’est donc pas imprimée sous l’aile, mais l’orientation repose bien sur des mécanismes biologiques identifiables.
Un article publié dans G3 en 2016, « Genomic Access to Monarch Migration Using TALEN and CRISPR/Cas9-Mediated Targeted Mutagenesis »a utilisé des outils de génétique expérimentale pour étudier deux gènes liés à l’horloge circadienne du monarque. Ces travaux n’ajoutent pas de kilomètres au trajet. Ils montrent plutôt que les bases génétiques et neurologiques de la migration peuvent être étudiées.
Des ailes tachées ne prouvent pas la distance parcourue
Une étude publiée dans PLOS ONE en 2023 a examiné près de 400 ailes recueillies à différentes étapes du parcours. Son titre, « How the monarch got its spots: Long-distance migration selects for larger white spots on monarch butterfly wings »annonce une enquête sur la couleur des ailes et la migration.
Les migrateurs qui avaient réussi leur trajet présentaient environ 3 % de noir en moins et 3 % de blanc en plus. L’analyse de spécimens de musée associait aussi la migration à des taches blanches marginales proportionnellement plus grandes que chez la plupart des autres danaïdes non migrateurs du Nouveau Monde.
Ces résultats sont compatibles avec l’idée que la migration a favorisé certaines caractéristiques des ailes. Ils ne suffisent toutefois pas à établir une relation de cause à effet, ni à mesurer le trajet d’un individu. Une association ne prouve pas une causalité : une tache blanche ne constitue pas un compteur kilométrique.
Pourquoi une précision disparaît à chaque partage
La formule « plusieurs milliers de kilomètres » est facile à retenir parce qu’elle condense plusieurs faits en une seule image : un petit insecte orange quitte le nord de l’Amérique du Nord et rejoint le Mexique. Au passage, la population concernée disparaît, l’itinéraire devient un chiffre unique et le rôle des générations n’est plus mentionné.
Le mécanisme ressemble à un jeu de téléphone arabe. La répétition donne au nombre une apparence de précision, tandis que les grandes images de rassemblements hivernaux sont plus mémorables que les détails sur les routes migratoires. Il ne s’agit pas nécessairement d’un hoax fabriqué de toutes pièces, mais d’une information exacte devenue trop générale.
Les publications de 2011, 2016, 2018 et 2023 replacent les éléments dans le bon ordre : certaines populations nord-américaines migrent sur plusieurs milliers de kilomètres, le cycle annuel mobilise plusieurs générations et la navigation repose sur des mécanismes étudiés. Le chiffre n’est pas le problème. C’est son extension à tous les monarques et à tout le cycle qui fausse le dossier.
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- ↑ Health monitoring contributes to conservation by studying the health of butterflies in all or various stages of its life cycle..
- ↑ Habitat restoration contributes to conservation by planting larval food plants, nectaring plants and overwinter plants necessary for winter survival..
- ↑ Policy contributes to the conservation by coordination of efforts across governmental and non-governmental organizations..
- ↑ Reserves protect habitat for the butterfly..
- ↑ Education contributes to the conservation of the monarch by raising awareness and participation in conservation activities..
- ↑ Censuses of the monarch provide information regarding the migration routes, relative population comparisons between different populations..
- ↑ Grants are given (G) and received (R) to help foster new conservation programs and to fund research..
- ↑ Research provides information regarding the butterfly and its migration..
- ↑ Citizen science participation involves activities by lay-persons to promote conservation..
- ↑ Tagging and then recapturing monarchs provides information useful to provide information on migration..
- ↑ Regulations exit to protect the butterfly and its habitat..
- ↑ Economic development promotes the development of alternative sources of income around Mexican overwintering sites to prevent the harvesting of trees used by overwintering butterflies..
