La Joconde, également connue sous le nom de Monna Lisa, est sans doute le tableau le plus célèbre au monde. Ce portrait énigmatique peint par Léonard de Vinci au début du 16ème siècle fascine le public depuis des siècles. Mais la Joconde exposée sous haute sécurité au musée du Louvre à Paris est-elle la véritable oeuvre originale du maître italien de la Renaissance ? Plongeons-nous dans les secrets de ce chef-d’œuvre légendaire.

Qui est Mona Lisa, la femme derrière le sourire ?

Selon l’hypothèse la plus communément admise, le modèle de la Joconde serait Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, un riche marchand de soie florentin. Née en 1479, elle se marie à l’âge de 16 ans avec cet homme de 20 ans son aîné, déjà veuf à deux reprises.

Le surnom de « Mona Lisa » proviendrait de « Madonna » (Madame en italien) et de son prénom Lisa. Quant au terme « Joconde », il dérive du patronyme de son époux, del Giocondo, qui se traduit par « La Joyeuse » en français.

Francesco del Giocondo aurait commandé ce portrait à Léonard de Vinci vers 1503, peut-être pour célébrer la naissance de leur deuxième fils, Andrea. Une note manuscrite datant de 1503 atteste en effet que Léonard travaillait à cette période sur le portrait d’une certaine Lisa del Giocondo.

Mais des zones d’ombre subsistent. Pourquoi Francesco del Giocondo n’a-t-il jamais reçu le tableau ? Certains avancent qu’il aurait été mécontent du résultat car à l’époque, une femme au front dégarni et aux sourcils épilés comme la Joconde ne pouvait être qu’une prostituée. D’autres pensent que Léonard, perfectionniste, n’a jamais considéré l’œuvre comme achevée.

Des hypothèses alternatives sur l’identité du modèle ont aussi été formulées, sans preuve définitive :

La princesse de Forlì, Catherine Sforza, dont le visage serait superposable à celui de Mona Lisa sur un portrait de Lorenzo di Credi
Isabella Gualandi, une des maîtresses de Julien de Médicis qui aurait commandé le portrait à Léonard
La mère de Léonard, Caterina, dans un lointain souvenir d’enfance de l’artiste
Pacifica Brandini, une autre maîtresse de Julien de Médicis
Léonard de Vinci lui-même, la Joconde étant en fait un autoportrait androgyne déguisé

Malgré le mystère qui entoure son identité, une chose est sûre : Mona Lisa, par son sourire à la fois charmeur et énigmatique, incarne l’idéal féminin de la Renaissance italienne.

L’histoire mouvementée du tableau le plus célèbre du monde

Entre les mains de son créateur, Léonard de Vinci, jusqu’en 1516, la Joconde connaît ensuite un destin riche en rebondissements :

Le roi de France François 1er, grand admirateur de Léonard, acquiert le tableau en 1518. La Joconde entre ainsi dans les collections royales.
Elle est exposée au château de Fontainebleau où sa présence est attestée dès 1550.
Louis XIV l’installe ensuite au palais du Louvre puis aux Tuileries dans les années 1660.
La Révolution française marque un tournant : les collections royales, dont la Joconde, sont saisies et le Muséum central des arts est créé en 1793 au Louvre.
Présentée pour la première fois au public en 1798, la Joconde accroît sa popularité tout au long du 19ème siècle, considérée comme l’archétype de la femme fatale par les romantiques.
En août 1911, c’est le drame : le tableau est volé ! Retrouvé miraculeusement après 2 ans de disparition, cet épisode contribue à forger le mythe.
Mise à l’abri pendant les deux guerres mondiales, la Joconde traverse le 20ème siècle en voyageant aux États-Unis en 1962-63 et au Japon en 1974.
Depuis 2005, elle trône seule au centre de la salle des États du Louvre, protégée par une épaisse vitrine blindée pour les 20 000 visiteurs qui l’admirent chaque jour.

De Vinci l’aurait-il imaginé ? Plus de 500 ans après sa création, son chef-d’œuvre continue de subjuguer les foules, s’attirant parfois les foudres de militants ou d’illuminés qui tentent de l’agresser.

La technique unique du maître de la Renaissance

Au-delà de l’énigme qui entoure son modèle, la Joconde fascine par son exécution d’une qualité et d’une finesse exceptionnelle, démontrant tout le génie de Léonard de Vinci.
Peinte à l’huile sur un panneau de bois de peuplier de 77 cm sur 53 cm, la Joconde se distingue par la technique révolutionnaire du sfumato, ce modelé vaporeux des ombres qui rend les contours imprécis et apporte une douceur mystérieuse à la composition.

Léonard a superposé de multiples couches translucides pour créer des dégradés subtils. Ses études scientifiques sur l’anatomie et la lumière lui ont permis de rendre le modelé de la peau et l’expression du visage avec un réalisme saisissant.

Les mains de Mona Lisa, croisées gracieusement sur le bord du tableau, sont elles aussi d’une virtuosité étonnante, traduisant toute la sensibilité du maître.

L’arrière-plan représente un paysage imaginaire typique de la Renaissance, avec des montagnes bleutées, des chemins sinueux et des cours d’eau. Il répond aux courbes du visage et des vêtements dans une harmonie parfaite.

Autre caractéristique unique : les yeux de Mona Lisa, légèrement asymétriques, semblent vous suivre dans la pièce, un effet renforcé par la perspective atmosphérique du sfumato.

Des examens scientifiques poussés, menés en 2004, ont révélé des détails jusqu’alors invisibles comme le voile fin de gaze porté par le modèle ainsi que la couleur rouge carmin originelle de sa robe, assombrie par le vieillissement des pigments et vernis.

Léonard de Vinci repousse les limites de la peinture avec la Joconde pour créer un portrait hors-norme, qui marque l’apogée de l’art du portrait de la Renaissance italienne par sa justesse psychologique et sa perfection technique.

Le sourire le plus célèbre de l’Histoire de l’art

S’il y a bien un élément qui a contribué à forger la légende de la Joconde, c’est son fameux sourire, à la fois doux, mystérieux et quasi-insaisissable.

Ce sourire est en réalité une prouesse technique de Léonard de Vinci grâce à l’utilisation du sfumato. En estompant subtilement les commissures des lèvres, l’artiste crée une ambiguïté et une dynamique dans l’expression.

Mieux encore, il joue avec notre perception visuelle : quand on regarde Mona Lisa dans les yeux, son sourire semble s’effacer. Mais dès qu’on pose le regard sur une autre partie du visage, le sourire réapparaît ! Comme si Mona Lisa flirtait malicieusement avec le spectateur…

Des chercheurs ont tenté de percer le secret de ce sourire énigmatique :

Pour la neuroscientifique Margaret Livingstone, c’est le traitement différent par notre cerveau de la vision centrale (détails) et périphérique (zones d’ombre) qui explique cet effet d’apparition/disparition.
Selon une étude basée sur la reconnaissance des émotions, le sourire de la Joconde exprimerait à 83% le bonheur, 9% le mépris, 6% la peur et 2% la colère. Étonnant mélange !
Diverses maladies ont été évoquées pour justifier ce sourire si particulier : paralysie faciale, hyper-thyroïdie, perte des dents… Des hypothèses peu crédibles.

Au final, le génie de Léonard est d’avoir su, par ce sourire fuyant, donner vie et présence à son modèle tout en préservant sa part de mystère. Un sourire qui n’a pas fini de nous intriguer et de nous séduire.

Un portrait qui a inspiré des générations d’artistes

Très vite, la Joconde acquiert une renommée importante et suscite l’admiration des contemporains de Vinci comme Raphael qui en réalise un croquis dès 1504.

Au fil des siècles, le succès du tableau ne se dément pas, bien au contraire. La Joconde est copiée, imitée, détournée et revisitée par des générations d’artistes fascinés par ce portrait devenu icône.

Parmi les copies les plus célèbres, on peut citer :

La Joconde de Isleworth, datée de 1503-1506, attribuée à Léonard et présentant quelques différences (regard, mains, vêtements…)
La Joconde « nue », dite Monna Vanna, probablement peinte dans l’atelier du maître
La Joconde du Prado à Madrid, réalisée en parallèle par un élève de Vinci qui reproduit le processus créatif

Mais surtout, la Joconde devient une source d’inspiration inépuisable pour les artistes modernes et contemporains :

Les Romantiques du 19ème (Théophile Gautier) font de Mona Lisa l’incarnation de la femme fatale
Les Surréalistes du 20ème lui adjoignent des moustaches (Marcel Duchamp) ou une mèche rebelle (Salvador Dali)
Fernand Léger l’intègre à sa vision du monde industriel
Andy Warhol la transforme en icône pop, symbole de la société de consommation
Le street artiste Invader la reproduit en rubik’s cube

De Banksy à Botero en passant par les mangas et la pub, la Joconde est partout, preuve ultime de sa popularité jamais démentie. Vénérée ou moquée, elle ne laisse personne indifférent.

Polémiques et rumeurs autour de l’œuvre

Indissociable des mystères et passions qu’elle déclenche, la Joconde est aussi au cœur de nombreuses polémiques et rumeurs plus ou moins fantaisistes.

La plus tenace concerne l’authenticité même du tableau exposé au Louvre. Ce ne serait pas l’original mais une copie, l’œuvre de Léonard étant soigneusement cachée dans les réserves du musée.

Pourtant, le Louvre est catégorique : c’est bien la vraie Joconde qui trône dans la salle des États. Aucun doute n’est permis au vu des examens scientifiques réalisés et de la politique du musée qui n’expose que des originaux.

D’autres rumeurs prêtent au tableau des pouvoirs surnaturels voire maléfiques, symboles cachés, messages codés en tout genre… Le roman de Dan Brown « Da Vinci Code » a ainsi relancé les spéculations les plus folles mélangeant art, histoire et ésotérisme.

Léonard de Vinci n’a certainement pas souhaité dissimuler de rébus dans son chef-d’œuvre. Esprit universel, il cherchait avant tout la perfection formelle et l’innovation technique. Le génie n’a pas toujours besoin de mystères !

La Joconde n’échappe pas non plus aux interprétations psychanalytiques de son sourire (« Mona Lisa syndrome ») et autres diagnostics médicaux plus ou moins sérieux sur l’état de santé de Mona Lisa (syphilis, hyper-cholestérolémie…).

Enfin, la nationalité de la belle Italienne fait débat en cette époque de restitution des œuvres d’art. Pour certains, comme le ministre italien de la Culture, la Joconde est « provisoirement française mais éternellement italienne » et devrait retourner dans son pays natal. Un vœu peu probable au vu de l’histoire du tableau.

Léonard a choisi de finir sa vie en France auprès de François 1er en emportant ses œuvres dont la Joconde qui a ensuite intégré les collections royales. Son destin s’est lié à celui de la France. Inutile donc de rouvrir les plaies du passé !

Les meilleures astuces pour approcher la Joconde

Voir la Joconde « en vrai » est le rêve de millions de touristes qui se pressent chaque année au Louvre. Mais comment en profiter au mieux malgré la foule, les selfies et l’éloignement imposé par la vitrine ultra-sécurisée ? Voici quelques conseils :

Venez tôt le matin à l’ouverture ou tard le soir pour éviter les heures de pointe et profiter d’une ambiance plus calme. Le musée est ouvert jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi.
Foncez directement voir la Joconde dès votre arrivée au Louvre puis revenez-y plus tard. Vous aurez peut-être la chance de tomber sur un moment d’accalmie.
Optez si possible pour une visite guidée en dehors des horaires classiques type « Louvre by night ». Les guides connaissent les bons moments et vous donneront plein d’infos passionnantes.
N’espérez pas voir la Joconde de près. Elle est protégée derrière une vitre blindée à environ 5 mètres des visiteurs. Prenez votre mal en patience et laissez chacun en profiter quelques instants.

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