L’idée reçue
Beaucoup d’étudiants s’imposent une règle implicite : un mémoire universitaire se rédige dans l’ordre, en commençant par l’introduction. Logique en apparence, puisque c’est la première chose que lira le jury, et qu’elle est censée poser le cadre de tout ce qui suit. Cette croyance est renforcée par la plupart des plans-types de méthodologie, qui présentent toujours l’introduction en premier, comme si elle devait naturellement être écrite avant le reste.
Mais cette méthode est aussi la première cause du fameux syndrome de la page blanche, qui bloque des semaines entières de travail avant même que la recherche n’ait vraiment commencé. Vouloir formuler une problématique définitive, un plan figé et une annonce de résultats dès les premières lignes revient à demander à l’étudiant de connaître la fin de son propre raisonnement avant même de l’avoir mené.
Ce que révèle la pratique
En réalité, l’introduction est l’une des parties les plus difficiles à écrire, car elle demande d’annoncer une problématique, un plan et des résultats… que l’on ne maîtrise pleinement qu’une fois le travail terminé. Un étudiant qui rédige son introduction en tout premier prend le risque de devoir la réécrire entièrement plus tard, une fois que son sujet aura évolué au fil des lectures et de l’analyse — ce qui arrive presque systématiquement.
Rédiger l’introduction en dernier, une fois le développement achevé, permet au contraire de l’écrire avec du recul : on sait enfin ce que l’on démontre vraiment, quels arguments ont fonctionné et lesquels ont été abandonnés en cours de route. L’introduction devient alors un résumé fidèle du travail réellement accompli, plutôt qu’une promesse floue faite à l’aveugle en début de parcours.
Une méthode plus efficace : écrire dans le désordre
De nombreux méthodologues universitaires recommandent de commencer par les parties où les idées sont déjà claires : un chapitre de résultats, une revue de littérature bien documentée, ou une partie méthodologique déjà maîtrisée. Ce choix permet de créer une dynamique d’écriture dès les premiers jours, plutôt que de rester bloqué face à une page vide pendant que le reste du travail de recherche prend du retard.
Commencer par une partie maîtrisée présente un autre avantage : celui de gagner en confiance. Voir un premier chapitre prendre forme, même imparfait, est souvent plus motivant que de fixer un curseur clignotant sur une page blanche intitulée « Introduction ». Une fois cette dynamique lancée, il devient plus facile d’enchaîner les chapitres suivants, puis d’aborder l’introduction et la conclusion en tout dernier lieu, lorsque l’ensemble du raisonnement est enfin visible dans sa totalité.
Une exception à connaître
Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille se lancer sans aucun cadre. Une version provisoire de l’introduction, ou tout du moins un plan détaillé et une problématique de travail, reste utile dès le départ : elle sert de boussole pour ne pas partir dans toutes les directions. La nuance est importante : ce brouillon initial n’a pas vocation à devenir la version finale, il sert uniquement de repère que l’on ajustera, voire réécrira complètement, une fois la rédaction de mémoire achevée.
Le verdict
Faux, donc : rien n’oblige à rédiger un mémoire dans l’ordre de lecture. L’essentiel est d’avoir un plan clair avant de commencer, peu importe par quelle partie on attaque réellement la rédaction. Beaucoup d’étudiants gagneraient du temps, et surtout moins de stress, en s’autorisant à écrire l’introduction… en dernier, une fois que le reste du mémoire leur aura montré ce qu’ils avaient vraiment à dire.
