Oui pour la présence de plastique ou de signatures de polymères dans certains échantillons sanguins. Non pour l’idée que toutes les études ont compté des nanoplastiques de 1 à 100 nanomètres dans le sang humain. La réponse dépend donc de la méthode utilisée et de la définition retenue pour le mot « nanoplastique ».
En 2022, 17 prélèvements ont lancé le raccourci

Une étude publiée dans Environment International en mai 2022 a analysé le sang de 22 adultes en bonne santé. Des particules plastiques ont été détectées chez 17 personnes, soit environ 77 % des échantillons. Ce résultat concernait 22 volontaires, pas 80 % de la population humaine.
Les analyses ont repéré plusieurs signatures de polymères, dont le polyéthylène téréphtalate, le polyéthylène, le styrène et le polyméthacrylate de méthyle. La méthode associait chromatographie et spectrométrie de masse. Elle ne permettait pas de traiter chaque fragment comme une bille parfaitement mesurée.
Le point délicat se trouve autour de 700 nanomètres, soit 0,7 micromètre. Dans la définition retenue par la revue publiée en 2025 dans Environmental Researchles nanoplastiques correspondent à des particules de 1 à 100 nanomètres. D’autres publications utilisent une définition plus large, inférieure à 1 micromètre. Une particule de 700 nanomètres peut donc entrer dans une définition large, mais pas dans la définition stricte de 1 à 100 nanomètres.
Un seuil de détection n’est pas le diamètre exact de chaque particule. L’étude de 2022 a apporté un indice sur la présence de plastique submicrométrique dans certains échantillons. Elle n’a pas mesuré, une par une, des particules de quelques dizaines de nanomètres chez tous les participants. Le mot « nano » a pris un raccourci bien pratique, mais la méthode avait son mot à dire.
En 2025, la méthode mesure surtout une masse

Une publication parue en 2025 dans Microplastics and Nanoplasticsintitulée Advancing pyrolysis-gas chromatography-mass spectrometry for the accurate quantification of micro- and nanoplastics in human blooda étudié 102 échantillons de sang total. Les chercheurs ont recherché six polymères : le polyméthacrylate de méthyle, le polypropylène, le polystyrène, le polyéthylène, le polychlorure de vinyle et le polyéthylène téréphtalate.
Les auteurs indiquent qu’un signal associé à ces polymères a été détecté dans les 102 échantillons. Le PVC était le polymère le plus fréquemment repéré, dans 99 % des prélèvements. Ce chiffre doit toutefois être lu avec sa limite analytique : seuls 20 % des échantillons dépassaient la limite de quantification. Pour ces prélèvements quantifiables, la concentration totale moyenne atteignait 386 nanogrammes par millilitre.
La pyrolyse couplée à la chromatographie en phase gazeuse et à la spectrométrie de masse estime la masse de polymères présents dans l’échantillon. Elle ne compte pas directement chaque particule et ne donne pas automatiquement son diamètre ou sa forme. Le résultat confirme donc un signal chimique lié à des polymères plastiques, sans établir à lui seul que des nanoplastiques de 1 à 100 nanomètres ont été observés individuellement.
Des nanoplastiques modèles, oui, mais dans un protocole
Un article publié le 26 mars 2025 dans Advanced Materialsintitulé Nanoplastics: Immune Impact, Detection, and Internalization after Human Blood Exposure by Single-Cell Mass Cytometrya étudié des nanoplastiques modèles en polystyrène mesurant entre 50 et 200 nanomètres.
Les chercheurs ont exposé des cellules immunitaires humaines à ces particules. Le polystyrène était dopé au palladium pour permettre son suivi par cytométrie de masse. Les résultats montrent une interaction avec plusieurs sous-populations de cellules immunitaires, une internalisation de certaines particules et des modifications de paramètres liés à la viabilité et au fonctionnement cellulaire.
Le détail qui change le verdict est le protocole : les nanoplastiques ont été ajoutés aux échantillons. Les chercheurs n’ont pas découvert spontanément ces particules dans le sang de personnes observées dans leur vie quotidienne. Des expériences chez la souris ont également suivi leur accumulation dans des cellules immunitaires du sang, du foie et de la rate.
Cette étude montre donc que des nanoplastiques caractérisés peuvent interagir avec des cellules sanguines humaines dans des conditions contrôlées. Elle ne mesure ni l’exposition habituelle de la population ni le risque d’une maladie précise. Une bille de polystyrène fabriquée pour l’expérience n’est pas automatiquement l’équivalent d’une fibre textile vieillie ou d’un fragment de bouteille.
Un passage dans le sang ne fait pas un diagnostic
Une revue publiée le 28 février 2025 dans Environmental Researchintitulée Effects of micro- and nanoplastics on blood cells in vitro and cardiovascular parameters in vivo, considering their presence in the human bloodstream and potential impact on blood pressureexamine les effets décrits sur les cellules sanguines et certains paramètres cardiovasculaires.
Les travaux recensés rapportent en laboratoire des effets sur les globules rouges et les cellules endothéliales. Des modèles chez les rongeurs suggèrent aussi des effets cardiovasculaires possibles. Les mécanismes discutés comprennent l’inflammation, l’activation des plaquettes, les lésions de l’endothélium et l’accumulation de particules dans des plaques d’athérosclérose.
La revue souligne toutefois l’absence de données validées permettant d’attribuer une modification de la pression artérielle aux particules plastiques chez l’être humain. Une réaction cellulaire observée en laboratoire n’est pas une preuve clinique. La présence d’un polymère dans un échantillon et l’existence d’une maladie sont deux résultats différents, séparés par la dose, la durée d’exposition et la qualité des études humaines.
Une étude de biomonitoring cherche d’abord à établir si une exposition ou un transport dans l’organisme est mesurable. Une étude médicale doit ensuite relier une dose et une durée d’exposition à un effet sanitaire. Les travaux cités sur le sang humain répondent surtout à la première question.
Pourquoi le mot nano grossit à chaque partage
Le mécanisme ressemble à un téléphone arabe scientifique. Les 17 personnes sur 22 deviennent « 80 % des humains ». Le seuil d’environ 700 nanomètres disparaît ensuite du récit. Enfin, une méthode qui estime une masse de polymères est racontée comme si elle avait compté chaque nanoplastique.
Le biais de disponibilité aide cette version à circuler : des particules invisibles dans les veines forment une image plus mémorable qu’une limite de quantification ou qu’un protocole de pyrolyse. L’effet de répétition fait le reste. Une affirmation souvent relue finit par sembler plus solide que la méthode qui l’a produite.
Pour lire un prochain titre alarmiste, quatre questions suffisent : quelle particule a été recherchée, quelle taille la méthode permet-elle de mesurer, l’expérience porte-t-elle sur un humain exposé ou sur un échantillon traité en laboratoire, et quel effet sanitaire a réellement été observé? Sans ces précisions, le mot « nanoplastique » devient un grand sac où l’on range des résultats qui ne mesurent pas tous la même chose.
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