Oui, certaines momies humaines ont été broyées et vendues comme remède en Europe. Le récit mélange toutefois deux réalités : mumia désignait d’abord une matière bitumineuse, puis le nom a été appliqué à des corps embaumés. Le mortier est historique; l’efficacité médicale, elle, n’a jamais été démontrée.
Le mortier existe, le malentendu aussi
À partir du XIIe siècle, des apothicaires européens ont commercialisé sous le nom de mumia une matière sombre présentée comme médicinale. La pratique atteint son apogée au XVIe siècle. Dans certains cas, le produit provenait bien de momies humaines égyptiennes découpées et réduites en poudre. Dans d’autres, le même nom recouvrait une matière différente.
Ce commerce européen ne décrit pas une pratique médicale systématique de l’Égypte antique. Les Égyptiens embaumaient leurs morts; ils ne transformaient pas habituellement leurs momies en médicaments. Le broyage intervient plus tard, dans des circuits commerciaux qui acheminaient des restes embaumés vers les officines européennes.
Un mot qui change de matière
Dans des textes médicaux rédigés en arabe, le terme mūmiyā désignait une matière naturelle noire, généralement rapprochée du bitume ou d’un goudron minéral. On lui attribuait des propriétés contre certaines blessures, fractures et maladies. Lorsque ce vocabulaire et ces produits ont circulé vers l’Europe, le nom a fini par être associé aux corps momifiés.
La couleur a facilité le glissement. Les substances utilisées pour l’embaumement assombrissaient les corps et leurs bandelettes, ce qui rendait le rapprochement plausible pour un acheteur médiéval ou de la Renaissance. Une ressemblance visuelle a été traitée comme une preuve de composition et d’efficacité. Ça sonne vrai, mais le raisonnement repose sur une confusion.
Du bitume au remède en poudre

La mumia pouvait être vendue en morceaux, en poudre ou incorporée à un onguent. Elle était avalée, dissoute dans une préparation ou appliquée sur la peau. Les indications attribuées au produit concernaient notamment les plaies, les coups, les hémorragies, les fractures et certains troubles digestifs.
Un patient n’achetait donc pas forcément une momie entière passée au mortier. Le mot désignait aussi un produit commercial dont l’origine et la composition variaient. La présence du terme « mumia » sur une préparation ne prouvait pas qu’elle contenait une momie égyptienne.
Quand la marchandise vient à manquer
La demande a augmenté la valeur des momies authentiques et encouragé le pillage de sépultures. Quand l’approvisionnement devenait plus difficile, des substituts pouvaient être présentés comme de la mumia. Des récits liés à ce commerce évoquent des restes animaux ou des corps plus récents préparés pour imiter le produit recherché.
Ces pratiques ne permettent pas de conclure que chaque poudre était fausse. Elles montrent plutôt que l’étiquette avait acquis une valeur propre, indépendante de la matière réellement vendue. Le commerce macabre avait donc aussi son marché de contrefaçons.
Une croyance vendue comme pharmacopée
Pourquoi attribuer un pouvoir thérapeutique à un corps conservé depuis des siècles? La rareté, la conservation et l’origine humaine pouvaient passer pour des signes de puissance. La théorie des signatures renforçait aussi l’idée qu’une substance ressemblant à un phénomène ou à une maladie pouvait agir sur celui-ci.
Ce cadre explique la croyance, pas le résultat médical. La durée d’une prescription ne constitue pas une preuve d’efficacité. Les usages historiques de la poudre de momie n’établissent pas qu’elle soignait les hémorragies, les fractures ou les blessures.
La critique existait déjà à l’époque. Au XVIe siècle, le chirurgien Ambroise Paré contestait l’utilité de la mumia et rapportait des effets indésirables, notamment des vomissements et des douleurs digestives. Ses réserves n’ont pas immédiatement supprimé le produit. Son usage recule ensuite entre le XVIIIe et le XIXe siècle.
Pourquoi cette histoire refuse de mourir

La légende assemble une pratique réelle, une confusion de vocabulaire et une image facile à retenir. « Des Européens ont mangé des momies » frappe davantage que « le nom d’une matière bitumineuse a été appliqué à des restes embaumés ». La version courte gagne la course. Le téléphone arabe historique a encore fait son travail.
La répétition entretient ensuite le biais de confirmation. Une personne qui connaît déjà l’anecdote remarque les récits qui la reprennent et oublie les nuances sur la composition, les périodes et les contrefaçons. À chaque transmission, les exceptions disparaissent : certaines momies deviennent toutes les momies, des ventes ponctuelles deviennent une habitude universelle et quelques siècles se transforment en tradition ininterrompue.
Le dossier est donc plus précis que la légende : des momies humaines ont bien été broyées et vendues comme remède en Europe, mais cette pratique ne prouve ni une origine égyptienne antique du traitement ni une efficacité thérapeutique.
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- Unwrapping a Strange Cure: Why People Historically Consumed Mummies as Medicine | UsefulBS.
