L’eau de noix de coco a bien été administrée par voie intraveineuse dans quelques situations extrêmes. Mais cette histoire vraie ne transforme pas une boisson variable en perfusion sûre : elle ne remplace pas une solution médicale conçue pour l’hôpital.
L’histoire est vraie, mais le raccourci est faux
Pour comprendre l’origine du récit, il faut remonter au moins à 1942. Un rapport attribué à un groupe cubain décrit alors l’administration d’eau de coco à 12 enfants. En 1954, un rapport clinique d’Eiseman et de ses collègues porte sur 157 patients. Un autre récit, daté de 2000, décrit une utilisation à court terme chez un patient des îles Salomon privé de solution intraveineuse standard.
Ces repères ont un point commun : ils correspondent à des contextes de pénurie, pas à une pratique choisie parmi plusieurs traitements évalués. Ils montrent que l’administration d’eau de coco a été tentée. Ils ne montrent pas qu’elle soit équivalente à une solution fabriquée, contrôlée et destinée à l’injection.
Le fait historique est réel, mais sa transformation en conseil général est fausse.
Le fruit n’a pas le cahier des charges d’une perfusion
Une perfusion ne se choisit pas parce qu’un liquide est naturel ou clair. Sa composition doit être connue, son osmolarité adaptée et sa stérilité maîtrisée. Les électrolytes doivent aussi être présents dans des proportions compatibles avec l’état du patient.
Une étude comparative publiée le 1er septembre 1982 par Chavalittamrong, Pidatcha et Thavisri dans The Southeast Asian Journal of Tropical Medicine and Public Health a mesuré plusieurs caractéristiques de boissons et d’échantillons d’eau de coco. L’osmolarité mesurée pour l’eau de coco était d’environ 288 mOsm/L, contre 693 mOsm/L pour les boissons testées. Ce chiffre décrit les échantillons étudiés. Il ne constitue pas une validation pour un usage intraveineux.
Le dossier devient encore moins compatible avec une formulation médicale standardisée lorsqu’on observe la maturation du fruit. Dans l’étude publiée le 1er avril 1993 par Fagundes Neto, Franco, Tabacow et Machado dans Journal of the American College of Nutritionle sodium moyen était de 2,9 mEq/L entre le cinquième et le septième mois, puis de 12,5 mEq/L après le huitième mois. Le glucose moyen passait de 3392,4 mg% avant le neuvième mois à 820 mg% après cette période. L’osmolarité variait elle aussi, de 377,3 à 310,3 mOsm/L.
Les auteurs concluaient que la composition de l’eau de coco variait fortement pendant la maturation et qu’aucun échantillon ne présentait des concentrations de sodium et de glucose susceptibles de convenir à une solution de réhydratation orale. Deux noix de coco ne fournissent donc pas nécessairement le même liquide.
Boire et perfuser ne jouent pas dans la même catégorie
Le tube digestif filtre, transforme et régule ce qui est absorbé. Une perfusion contourne cette étape et introduit directement le liquide dans la circulation sanguine. Une boisson tolérée par voie orale ne devient donc pas automatiquement injectable.
Pour l’hydratation après un effort prolongé, une revue systématique publiée dans Journal of Athletic Training a comparé plusieurs boissons à l’eau. La recherche documentaire a été arrêtée au 1er juin 2022 : sur 3485 articles examinés, 11 ont été retenus et trois essais ont comparé de l’eau de coco fraîche à l’eau. Ces essais n’ont pas trouvé de différence à plusieurs moments pour les mesures liées au volume ou à l’état d’hydratation.
Pour les diarrhées, l’étude de 1993 ne testait pas une perfusion et ne démontrait pas non plus l’efficacité d’un traitement oral. Elle analysait la composition de l’eau de coco. Une solution de réhydratation orale repose, elle, sur un mélange défini de glucose et d’électrolytes destiné à favoriser l’absorption de l’eau.
L’eau de coco peut être une boisson. Elle ne remplace pas un traitement médical lors d’une déshydratation sévère.
La dent a changé de pièce
Un autre raccourci s’est greffé au récit : si l’eau de coco conserve des cellules, elle pourrait convenir à une perfusion. La déduction semble rapide. Elle change surtout de question en cours de route.
En 2012, une étude publiée dans Journal of Conservative Dentistry a examiné 40 dents extraites pour des raisons orthodontiques. Les chercheurs ont comparé l’eau de coco, une solution de réhydratation orale et de la propolis comme liquides de conservation pour les cellules du ligament parodontal d’une dent avulsée. L’eau de coco a conservé davantage de cellules viables que la solution de réhydratation orale dans les conditions de l’expérience. Aucune différence significative n’a été observée entre l’eau de coco et la propolis à 50 %.
Le liquide servait à conserver une dent avant un éventuel traitement, pas à réhydrater une personne. Préserver des cellules dans une dent ne prouve pas qu’un liquide soit adapté à la circulation sanguine. Une belle histoire, un mauvais dossier.
Pourquoi l’anecdote reste en circulation
La légende réunit des éléments qui s’assemblent facilement : des médecins isolés, des pénuries, un fruit disponible sur place et une ressemblance superficielle avec un liquide corporel. Le récit est facile à retenir. La réserve sur la dose, la stérilité et les électrolytes disparaît souvent au partage suivant.
Le biais de confirmation aide ensuite l’histoire à tenir debout. Une personne qui cherche une solution naturelle retiendra les cas de 1942, 1954 ou 2000 et laissera de côté leur contexte exceptionnel. L’effet de répétition transforme alors « cela a été tenté » en « cela fonctionne ». Une info qui enfle à chaque partage n’acquiert pas pour autant une preuve nouvelle.
L’effet de halo du mot « naturel » complète le mécanisme. Il donne au fruit une apparence de sécurité générale, alors que l’injection exige une composition et une stérilité contrôlées. Le mythe ne manque donc pas d’une anecdote réelle. Il manque d’une démonstration clinique.
L’eau de noix de coco ne peut pas remplacer une perfusion intraveineuse en pratique médicale. Quelques administrations historiques en situation extrême expliquent l’origine du récit, mais elles ne valident pas l’usage d’une boisson variable comme substitut d’une solution intraveineuse standard.
Sources et références scientifiques
- Evaluation and comparison of efficacy of three different storage media, coconut water, propolis, and oral rehydration solution, in maintaining the viability of periodontal ligament cells – PMC. Journal of conservative dentistry : JCD. DOI: 10.4103/0972-0707.105303 · PMID: 23349581.
- 1.Lee JY, Vann WF, Jr, Sigurdsson A. Management of avulsed permanent incisors: A decision analysis based on on changing concepts. Pediatr Dent. 2001;23:357-60. [PubMed] [Google Scholar].
- 2.Blomlöf L, Lindskog S, Andersson L, Hedström KG, Hammarström L. Storage of experimentally avulsed teeth in milk prior to replantation. J Dent Res. 1983;62:912-6. doi: 10.1177/00220345830620081301. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1177/00220345830620081301.
- 3.Gopikrishna V, Baweja PS, Venkateshbabu N, Thomas T, Kandaswamy D. Comparision of coconut water, propolis, HBSS, and milk on PDL cell survival. J Endod. 2008;34:587-9. doi: 10.1016/j.joen.2008.01.018. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.joen.2008.01.018.
- 4.James F, Wesley MS. Evaluation of infant rehydration solutions; product evaluation. 2004. [Last accessed on 2011 Jul 08]. pp. 1-4. Available from:..
- 5.Ozan F, Polat ZA, Er K, Ozan U, Değer O. Effect of propolis on survival of periodontal ligament cells: New storage media for avulsed tooth. J Endod. 2007;33:570-3. doi: 10.1016/j.joen.2006.12.021. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.joen.2006.12.021.
- 6.Al-Shaher A, Wallace J, Agarwal S, Bretz W, Baugh D. Effect of propolis on human fibroblasts from the pulp and periodontal ligament. J Endod. 2004;30:359-61. doi: 10.1097/00004770-200405000-00012. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1097/00004770-200405000-00012.
- mpbell-Falck D, Thomas T, Falck TM, Tutuo N, Clem K. The intravenous use of coconut water. Am J Emerg Med. 2000;18:108-11. doi: 10.1016/s0735-6757(00)90062-7. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/s0735-6757(00)90062-7.
- 8.Gopikrishna V, Thomas T, Kandaswamy D. A quantitative analysis of coconut water: A new storage media for avulsed teeth. Oral Surg Oral Med Oral Pathol Oral Radiol Endod. 2008;105:e61-5. doi: 10.1016/j.tripleo.2007.08.003. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.tripleo.2007.08.003.
- 9.Blomlöf L. Storage of human periodontal ligament cells in a combination of different media. J Dent Res. 1981;60:1904-6. doi: 10.1177/00220345810600111301. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1177/00220345810600111301.
- 10.Hiremath G, Kidiyoor K. Avulsion and storage media. Inves and Clinical Dent. 2011:1-6. doi: 10.1111/j.2041-1626.2010.00043.x. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1111/j.2041-1626.2010.00043.x.
- 11.Gomes M, Westphalen V. Study of storagenmedia for avulsed teeth. Brazil Dent Traumatol. 2009;1:69-76. [Google Scholar].
- 12.Al-Nazhan S, Al-Nasser A. Viability of human periodontal ligament fibroblasts in tissue culture after exposure to different contact lens solutions. J Contemp Dent Pract. 2006;7:37-44. [PubMed] [Google Scholar].
- Fagundes Neto U, Franco L, Tabacow K, Machado NL.. Negative findings for use of coconut water as an oral rehydration solution in childhood diarrhea.. Journal of the American College of Nutrition. 1993. DOI: 10.1080/07315724.1993.10718301 · PMID: 8463517. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Oral Rehydration Beverages for Treating Exercise-Associated Dehydration: A Systematic Review, Part II. The Effectiveness of Alternatives to Carbohydrate-Electrolyte Drinks – PMC. Journal of athletic training. DOI: 10.4085/1062-6050-0686.22 · PMID: 38116818.
- 1.McDermott BP, Anderson SA, Armstrong LE, et al. National Athletic Trainers’ Association position statement: fluid replacement for the physically active. J Athl Train. 2017;52(9):877-895. 10.4085/1062-6050-52.9.02 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.4085/1062-6050-52.9.02.
- 2.Rehrer NJ, Burke LM. Sweat losses during various sports. Aust J Nutr Diet. 1996;53(suppl 4):S13-S16. [Google Scholar].
- 3.American College of Sports Medicine; Sawka MN Burke LM Eichner ER Maughan RJ Montain SJ Stachenfeld NS. American College of Sports Medicine position stand. Exercise and fluid replacement. Med Sci Sports Exerc. 2007;39(2):377-390. 10.1249/mss.0b013e31802ca597 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1249/mss.0b013e31802ca597.
- sa DJ, DeMartini JK, Bergeron MF, et al. National Athletic Trainers’ Association position statement: exertional heat illnesses. J Athl Train. 2015;50(9):986-1000. 10.4085/1062-6050-50.9.07. Published correction appears in J Athl Train. 2017;52(4):401. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.4085/1062-6050-50.9.07.
- 5.Wittbrodt MT, Millard-Stafford M. Dehydration impairs cognitive performance: a meta-analysis. Med Sci Sports Exerc. 2018;50(11):2360-2368. 10.1249/MSS.0000000000001682 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1249/MSS.0000000000001682.
- 6.Thomas DT, Erdman KA, Burke LM. Position of the Academy of Nutrition and Dietetics, Dietitians of Canada, and the American College of Sports Medicine: nutrition and athletic performance. J Acad Nutr Diet. 2016;116(3):501-528. 10.1016/j.jand.2015.12.006.Published correction appears in J Acad Nutr Diet. 2017;117(1):146. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1016/j.jand.2015.12.006.Published.
- 7.Maughan R, Leiper JB. Sodium intake and post-exercise rehydration in man. Eur J Appl Physiol Occup Physiol. 1995;71(4):311-319. 10.1007/BF00240410 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1007/BF00240410.
- 8.Nose H, Mack GW, Shi X, Nadel ER. Role of osmolality and plasma volume during rehydration in humans. J Appl Physiol (1985). 1988;65(1):325-331. 10.1152/jappl.1988.65.1.325 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1152/jappl.1988.65.1.325.
- 9.Shirreffs SM, Taylor AJ, Leiper JB, Maughan RJ. Post-exercise rehydration in man: effects of volume consumed and drink sodium content. Med Sci Sports Exerc. 1996;28(10):1260-1271. 10.1097/00005768-199610000-00009 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1097/00005768-199610000-00009.
- 10.Maughan RJ. Fluid and electrolyte loss and replacement in exercise. J Sports Sci. 1991;9(suppl 1):117-142. 10.1080/02640419108729870 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1080/02640419108729870.
- 11.Vrijens DM, Rehrer NJ. Sodium-free fluid ingestion decreases plasma sodium during exercise in the heat. J Appl Physiol. 1999;86(6):1847-1851. 10.1152/jappl.1999.86.6.1847 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1152/jappl.1999.86.6.1847.
- 12.Verbalis JG. Disorders of water balance. In: Yu ASL, Chertow GM, Luyckx VA, Marsden PA, Skorecki K, Taal MW, eds. Brenner & Rector’s The Kidney. 11th ed. Elsevier; 2020. [Google Scholar].
- Chavalittamrong B, Pidatcha P, Thavisri U.. Electrolytes, sugar, calories, osmolarity and pH of beverages and coconut water.. The Southeast Asian journal of tropical medicine and public health. 1982. PMID: 7163850. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- L’eau de coco. 2019.
- Coconut Water Intravenous Use: Medical Myth vs. Emergency Reality.
- Spiegato. L'eau de coco peut-elle être utilisée comme fluide d'hydratation intraveineux? – Spiegato. 2021.
- Esther Jurgens. Young coconut water for use as intravenous and oral rehydration fluid – Global Health Perspectives. 2013.
- Pradera ES, Fernandez E, Calderin O. Coconut water: a clinical and experimental study. Am J Dis Child 1942; 64:977-95..
- Eiseman B, Lozano RE, Hager T. Clinical experience in intravenous administration of coconut water. AMA Arch Surg 1954; 69:87-93..
- Eiseman B. Intravenous infusion of coconut water. AMA Arch Surg 1954; 68: 167-78..
- Campbell-Falck D, Thomas T, Falck TM et al. The intravenous use of coconut water. Am J Emerg Med 2000; 18:108-11..
- Ranti ISF, Kwee Tien Boh, Thio In Liang et al. Paediatr Indones 1965; 5:suppl 782-92..
- Acharya VN, Gupta KC, Golwala AF et al. Comparative study of intravenous use of natural coconut water, synthetic coconut water and glucose saline in acute gastro-enteritis. Ind J Med Res 1965; 53:1069-73..
- Olurin EO, Durowoju JEO, Bassir O. Intravenous coconut water therapy in surgical-practice. West Afr Med J 1972; 5:124-31..
- Rao PS, Rao SR, Kumar SV et al. Intravenous administration of coconut water. J Assoc Phys India 1972; 3:235-9..
- Petroianu GA, Kosanovic M, Shehatta IS et al. Green coconut water for intravenous use: trace and minor element content. J Trace Elements in Exp Med 2004; 17:273-82..
- Yong JWH, Ge L, Ng Yan Fei et al. The chemical composition and biological properties of coconut (Cocos nucifera L.) water. Molecules 2009; 14:5144-64..
- Kuberski T, Roberts A, Linehan B et al. Coconut water as a rehydration fluid. NZ Med J 1979; 90:98-100..
- Msengi AE, Mbise RL, Msuya PM et al. The biochemistry of water from unripe coconuts obtained from two localities in Tanzania. East Afr Med J 1985; 62: 725-9. Msengi AE. What ‘s in an unripe coconut? Lancet 1986;328: 50..
