Louis XIV, fils de Louis XIII ou enfant illégitime ? Les mystères de sa naissance

Une naissance royale très attendue

Le 5 septembre 1638, à Saint-Germain-en-Laye, naît Louis-Dieudonné, futur Louis XIV. Cet événement met fin à 23 années de mariage stérile entre Louis XIII et Anne d’Autriche. Le couple royal a bien eu quelques grossesses auparavant (fausses-couches en 1622 et 1626) mais aucun enfant viable. Cette naissance tardive et inespérée fait l’objet de toutes les attentions et spéculations.

Louis XIII, souverain peu porté sur les femmes et la paternité, ne cache pas une certaine froideur lors de la naissance. Son épouse Anne d’Autriche a longtemps été sur la sellette, menacée d’être répudiée pour ne pas donner d’héritier au trône.

Cette naissance qui tombe à pic soulève des interrogations :

Louis XIII est-il bien le père de cet enfant tant désiré ?
La reine a-t-elle été infidèle pour tomber enceinte ?
Qui seraient les potentiels amants et pères de substitution ?

5 décembre 1637 : une conception providentielle ?

Selon la version officielle, Louis XIV aurait été conçu le 5 décembre 1637 suite à une visite de Louis XIII à son ancienne favorite Louise de La Fayette (Sœur Angélique) au couvent des Filles de la Visitation à Paris.

Le roi, venant de Versailles et se rendant à Saint-Germain, se serait arrêté au couvent pour échapper à un orage. Sœur Angélique aurait convaincu le roi de la nécessité d’avoir un héritier. Le soir même, de passage au Louvre, Louis XIII aurait partagé le lit d’Anne d’Autriche, permettant ainsi la conception « providentielle » du futur Louis XIV, né 9 mois jour pour jour après cette fameuse nuit.

Si pour certains, cette version tient du miracle ou du coup de pouce du destin, pour d’autres c’est une histoire trop belle pour être vraie. Louis XIII étant réputé peu enclin aux rapports charnels, cette conception « à la minute près » apparaît presque trop parfaite et pratique.

Louis XIII vraiment stérile ? Les doutes sur sa paternité

Au delà des rumeurs de cour, plusieurs éléments viennent semer le doute sur la paternité de Louis XIII :

En 1630, le roi souffre d’un « abcès au bas ventre » qui pourrait expliquer son impuissance.
A sa mort en 1642, l’autopsie aurait révélé que « le roi ne pouvait avoir d’enfants ».

Ces éléments ont relancé les spéculations sur une potentielle stérilité de Louis XIII, rendant impossible qu’il soit le père biologique de Louis XIV et de son frère cadet Philippe né en 1640. Mais ces « preuves » restent sujettes à caution.

De plus, tant que le roi était en vie, personne n’a osé contester sa paternité. C’est pendant la Fronde (1648-1653), période de contestation de l’autorité royale, que les langues se délient et les hypothèses les plus folles se répandent.

Anne d’Autriche, une reine fidèle ou volage ?

Pour que Louis XIV soit un enfant illégitime, encore faut-il que la reine ait fauté. Mais Anne d’Autriche était-elle vraiment infidèle ? Deux thèses s’affrontent :

La reine, une épouse pieuse incapable d’adultère

Une partie de la cour et des historiens défendent la piété et la moralité d’Anne d’Autriche. Profondément catholique, la reine n’aurait jamais commis l’adultère par conviction religieuse.

Elle a subi l’absence d’héritier et les menaces de répudiation en restant digne et irréprochable. Sa dévotion sincère est incompatible avec une vie dissolue.

Anne d’Autriche, croqueuse d’hommes ?

Mais d’autres sources déploient la liste des potentiels amants de la reine, faisant d’elle une véritable croqueuse d’hommes malgré son statut :

George Villiers, duc de Buckingham : leur idylle platonique défraie la chronique.
Henri II de Montmorency : sa liaison avec la reine mènerait à son exécution en 1632.
Antoine de Bourbon, fils illégitime d’Henri IV et demi-frère de Louis XIII !
Gaston d’Orléans, propre frère de Louis XIII, avant son mariage en 1626.

L’affaire du Val de Grâce en 1637 vient entacher un peu plus la réputation d’Anne d’Autriche. Sa correspondance secrète avec l’Espagne est éventée. Certains y voient la preuve de ses complots amoureux avec l’aide de Mme de Chevreuse.

Entre piété mariale et liaisons extra-conjugales, difficile de démêler le vrai du faux sur la vie privée de la reine. Sa position de femme de pouvoir en fait une cible de choix pour les médisances. Seule certitude : la naissance du dauphin tombe à pic pour faire taire les mauvaises langues…

4 pères putatifs plus ou moins crédibles pour le Roi-Soleil

Outre Louis XIII, 4 noms de prétendants au titre de « vrai père de Louis XIV » reviennent avec insistance dans les ragots de l’époque et les ouvrages historiques. Tour d’horizon de ces « pères putatifs » du Roi-Soleil :

Jules Mazarin, le parrain devenu amant et géniteur ?

Jules Mazarin, cardinal et principal ministre d’Anne d’Autriche pendant sa régence, est le suspect n°1. Certains faits troublants le désignent comme potentiel père biologique de Louis XIV :

Il est le parrain du dauphin.
Sa proximité avec Anne d’Autriche, dont il serait secrètement l’époux, soulève des questions.
Il est une figure paternelle de substitution pour le jeune Louis XIV.

Pourtant, un détail de taille dément la paternité de Mazarin : il était à Rome de 1636 à 1639, donc absent au moment de la conception du futur Louis XIV.

François de Bourbon-Vendôme, l’amant de la reine en 1637 ?

Pour certains, le duc de Beaufort (petit-fils d’Henri IV), amant supposé d’Anne d’Autriche en 1637, serait le géniteur du Roi-Soleil. Certains en font même le fameux Homme au Masque de Fer, emprisonné à vie pour dissimuler ce secret d’alcôve.

Si la liaison reste à prouver, force est de constater que le duc a un mobile (être l’amant royal) et l’opportunité (sa présence à la cour en 1637) pour avoir conçu le dauphin.

Le cardinal de Richelieu, un chantage menant au lit royal ?

L’hypothèse Richelieu part d’une anecdote plus que douteuse. En 1637, la reine est menacée de répudiation à cause de l’affaire du Val de Grâce.

Le cardinal de Richelieu, alors ennemi d’Anne d’Autriche, lui aurait fait du chantage : coucher avec lui pour sauver son mariage et engendrer un dauphin.

Enceinte, la reine aurait accouché en mars 1638 d’un fils qu’elle aurait fait passer pour le dauphin né en septembre de la même année. Une pure affabulation !

Le « gendre idéal », père de son propre beau-père ?

La palme de l’hypothèse la plus farfelue revient à celle faisant de Louis XIV… le père de son propre grand-père paternel Louis XIII !

Comment cette absurdité a-t-elle pu naître ? Lors d’un voyage dans le temps, Louis XIV serait devenu l’amant de son aïeule Marie de Médicis, épouse d’Henri IV. De cette union serait né Louis XIII, faisant de Louis XIV le père de son propre père. On atteint ici des sommets de loufoquerie !

Si les 4 prétendants au trône génétique ont chacun leurs partisans, aucune de ces paternités présumées n’a pu être prouvée à ce jour.

La science a tranché : Louis XIV était bien un Bourbon

Au final, ce sont les progrès scientifiques qui ont eu raison de 4 siècles de suspicion autour de la conception du Roi-Soleil. En 2013, une étude génétique a mis fin au débat.

En comparant l’ADN du crâne d’Henri IV et le sang de Louis XVI (descendant de Louis XIV) conservé sur un mouchoir, les chercheurs ont pu établir que Louis XIV était bien un Bourbon, de la même lignée qu’Henri IV.

Exit donc les Mazarin, Buckingham et autres Richelieu. Louis XIV était le digne héritier des Bourbon, de son grand-père Henri IV à son père Louis XIII.

Seul bémol : le duc de Beaufort, lui aussi descendant d’Henri IV, reste un candidat génétiquement valable. Mais sans preuve tangible de sa liaison avec Anne d’Autriche, difficile de le désigner comme le père officieux de Louis XIV.

Après des décennies de rumeurs et d’hypothèses plus ou moins farfelues, la science a donc réhabilité Louis XIII et confirmé la légitimité du Roi-Soleil. Louis XIV était bien « Dieudonné », le fils biologique et tant attendu du couple royal.

Le Roi-Soleil, un enfant de l’amour ou de la raison d’État ?

Malgré ces preuves génétiques, le mystère reste entier sur les circonstances exactes de la conception de Louis XIV. Entre les partisans du « miracle » et ceux de la « raison d’État », le débat n’est pas tranché.

Louis XIV, un bébé de l’amour ?

Pour les romantiques, Louis XIV est le fruit de l’amour, certes tardif, mais bien réel entre Louis XIII et Anne d’Autriche. Le couple royal, malgré ses différends, aurait réussi à s’aimer et à concevoir cet enfant providentiel.

Une grossesse désirée et consensuelle qui ferait de Louis XIV un bébé de l’amour, venu récompenser la patience et la dévotion de la reine. Un joli conte de fées qui fait abstraction des tensions politiques et conjugales de l’époque.

Un dauphin conçu sous la pression politique

Une vision plus pragmatique verrait en Louis XIV un bébé conçu par devoir et raison d’État plus que par amour et passion. Louis XIII comme Anne d’Autriche avaient tout intérêt à produire un héritier pour assurer la stabilité de la couronne.

Pour Louis XIII, un fils permettait d’écarter son turbulent frère Gaston d’Orléans de la succession. Sœur Angélique aurait convaincu le roi de cette nécessité politique le fameux soir du 5 décembre 1637.
Pour Anne d’Autriche, tomber enfin enceinte était vital pour sa survie à la cour. Sans grossesse, elle risquait la répudiation et un renvoi humiliant en Espagne. Un dauphin était son meilleur atout.

Dans cette optique, Louis XIV serait moins un enfant de l’amour que le fruit de jeux de pouvoir et de pressions politiques. Sa conception s’apparenterait plus à un acte raisonné qu’à une folle passion.

Une naissance légitimant le couple royal

Enfant de l’amour passionnel ou de la froide raison d’État, une chose est sûre : la naissance de Louis XIV tombe à pic pour redorer le blason du couple royal et calmer les ardeurs des opposants.

Cette naissance miracle permet d’éloigner le spectre de la stérilité royale, incompatible avec l’image du souverain absolu de droit divin.
La fertilité retrouvée de la reine la met à l’abri des critiques et complots. Son statut de mère du dauphin la protège des rumeurs d’infidélité qui minaient sa réputation.

Avec ce bébé providentiel, Louis XIII et Anne d’Autriche restaurent leur crédibilité et leur emprise sur le pays. Louis XIV apparaît comme un gage de stabilité dynastique et de prospérité à venir. Une heureuse issue pour un couple royal bien mal en point.

Dieudonné, l’enfant du destin attendu par tout un royaume

Au delà des conjectures sur la paternité de Louis XIV, sa naissance apparaît rétrospectivement comme un petit miracle qui va bouleverser l’Histoire de France.

Louis-Dieudonné, l’enfant donné par Dieu après des années de prières et d’attente, va se révéler à la hauteur des espoirs placés en lui dès le berceau.

De dauphin inespéré, il va devenir un roi absolu et conquérant qui marquera son siècle. Le Roi-Soleil régnera pendant 72 ans, le plus long règne de l’Histoire de France, et donnera son nom à tout un âge d’or de la monarchie : le Grand Siècle.

Difficile d’imaginer un tel destin en contemplant le nourrisson emmailloté du 5 septembre 1638. Difficile aussi pour les contemporains de deviner les zones d’ombre de ce règne à venir : absolutisme, guerres incessantes, répression religieuse…

Mais en cette fin d’année 1638, l’heure est à la célébration pour la France entière. Peu importe les doutes sur les circonstances exactes de sa conception. Louis XIV est là, bien vivant, pour perpétuer la dynastie des Bourbon et redonner espoir au royaume.

Le nouveau-né concentre tous les espoirs du pays. De lui dépend désormais l’avenir de la monarchie française.

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