Les médiums peuvent-ils vraiment communiquer avec les morts?
Les médiums disent recevoir des messages de personnes décédées par la voix, la vision ou les sensations. Certaines séances paraissent précises, mais une information correcte ne suffit pas à prouver qu’un défunt a parlé. Pour trancher, il faut examiner les protocoles, les résultats et ce qu’ils permettent réellement de conclure.
Médiumnité : une vieille histoire avec un mode d’emploi moderne
La médiumnité désigne la prétention à communiquer avec des personnes décédées ou avec des êtres non matériels. Selon les pratiques, le message serait entendu, vu ou ressenti. On parle alors de clairaudience, de clairvoyance ou de clairsentience. Le vocabulaire change, mais la question reste la même : l’information vient-elle vraiment d’un défunt?
La croyance ne commence pas avec les réseaux sociaux. Les récits de séances, les mouvements spiritualistes, les témoignages familiaux, la télévision et les vidéos en ligne ont diffusé une mécanique similaire : un médium énonce plusieurs éléments, une personne reconnaît un détail intime, puis cette reconnaissance devient la preuve de toute la séance.
Pour vérifier cette affirmation, il faut distinguer l’exactitude d’une information et son origine. Une correspondance peut être liée au hasard, aux attentes de la personne consultante, à une information obtenue par des moyens ordinaires ou à un processus inconscient. Une information juste ne suffit donc pas à identifier son prétendu interlocuteur.
Le test en triple aveugle met le fantôme sous contrôle
Le 7 juin 2021, Tressoldi, Liberale, Sinesio, Bubba, Pederzoli et Testoni ont publié dans Explore l’étude « Mediumship accuracy: A quantitative and qualitative study with a triple-blind protocol ». Cette publication scientifique identifiable porte sur neuf médiums, 38 lectures et 38 personnes décédées choisies par 36 consultants.
Ce que les 38 lectures mesuraient
Le médium recevait uniquement le nom du défunt. L’intervieweur ne disposait d’aucune information supplémentaire sur cette personne et aucun contact direct n’avait lieu avec le consultant. Lors de chaque séance, le médium devait fournir des informations sur deux défunts du même sexe. Les éléments, à l’exception des détails génériques, étaient placés dans deux listes anonymes.
Chaque consultant évaluait ensuite les informations sur une échelle en quatre points, de totalement faux à totalement correct, puis attribuait une note globale à chaque lecture. Les lectures ciblées ont été correctement identifiées dans 65,8 % des cas, contre 50 % attendus par le hasard dans ce dispositif. Elles contenaient aussi, en moyenne, 29,5 % d’informations correctes de plus que les lectures de contrôle.
Un résultat inhabituel n’est pas une preuve d’outre-tombe
Le résultat de 2021 mérite d’être examiné, pas balayé d’un revers de main. Il indique que certaines lectures ont obtenu de meilleurs scores que les lectures de contrôle. Il ne démontre pas que les informations provenaient de personnes mortes. La performance mesurée et l’explication surnaturelle sont deux affirmations différentes.
Une revue publiée le 9 novembre 2024 dans International Review of Psychiatry examine précisément cette question. Dans « What does mediumship tell us about the mind beyond the brain? »M. A. Costa et A. Moreira-Almeida passent en revue plusieurs hypothèses conventionnelles, dont la fraude, la crédulité ou le souhait de croire du consultant, la chance, un trouble mental et la personnification involontaire de processus inconscients. Ils discutent aussi l’hypothèse d’un esprit indépendant du cerveau.
Le fait qu’une revue scientifique examine une hypothèse ne transforme pas cette hypothèse en fait établi. Une revue de littérature peut recenser des résultats et comparer des explications. Elle ne remplace pas une démonstration expérimentale de la source des messages. Le dossier reste donc ouvert sur les mécanismes, mais il ne fournit pas d’identité vérifiée au bout du fil.
Le cerveau explique-t-il une partie du scénario?
Un article scientifique rassemblé en 2017 dans F1000Research a étudié le lien entre les expériences de médiumnité et les symptômes dissociatifs. Les chercheurs ont utilisé une analyse secondaire de données d’enquête transversale recueillies auprès de 3 023 participants. L’échantillon était un échantillon de convenance, et non un groupe représentatif de la population.
Les personnes déclarant des expériences de médiumnité présentaient des scores de symptômes dissociatifs plus élevés que les autres participants, tout en restant sous les seuils utilisés pour repérer une dissociation pathologique. Le résultat décrit une association, pas un diagnostic. L’article rappelle aussi que les états dissociatifs forment un continuum et que le fait de rapporter un contact avec les morts n’indique pas nécessairement une pathologie.
La méthode ne permet pas d’établir une causalité. Elle ne dit pas si la dissociation produit ces expériences, si les expériences influencent les réponses ou si un autre facteur intervient. Elle ne permet pas davantage de conclure que les messages viennent d’un défunt. Corrélation n’est pas causalité, même quand l’acronyme de l’échelle porte une blouse blanche.
Les gènes ne sont pas encore la ligne directe avec l’au-delà
Un article publié dans Revista Brasileira de Psiquiatria en 2025 a recherché d’éventuelles particularités génétiques chez des médiums considérés comme particulièrement doués. Les chercheurs ont étudié 54 médiums ayant plus de dix ans de pratique et les ont comparés à 53 proches du premier degré qui ne déclaraient pas de médiumnité. Les participants pratiquaient leur activité sans rémunération.
Le séquençage de l’exome entier a relevé 15 669 variants présents uniquement chez les médiums et susceptibles d’influencer 7 269 gènes. Trente-trois gènes comportaient des variants chez au moins un tiers des médiums et chez aucun des proches comparateurs. La voie inflammatoire était la plus souvent concernée dans les analyses, avec notamment la protéine ZAP-70.
Ces variants sont des candidats pour de futures recherches, pas une preuve de communication avec les morts. L’étude ne testait pas l’exactitude des messages. Elle ne montrait donc pas qu’un variant génétique permet de recevoir une information d’un défunt. Un signal biologique peut ouvrir une piste, mais il ne transforme pas une hypothèse en ligne téléphonique avec l’au-delà.
Pourquoi une séance paraît-elle si précise?

Une séance réunit plusieurs éléments que l’on confond facilement. Il y a l’expérience vécue, l’exactitude éventuelle d’un détail et l’explication proposée pour ce détail. Une personne peut sincèrement entendre une voix ou ressentir une présence. Un élément peut aussi correspondre à son histoire. Cela ne suffit pas à établir que la source est un esprit indépendant du cerveau.
La revue de 2024 recense plusieurs explications possibles à examiner : la chance, les attentes du consultant, la crédulité, la fraude ou encore la personnification involontaire de processus inconscients. Ces hypothèses ne sont pas toutes confirmées par une même étude, mais elles montrent pourquoi une correspondance exacte ne tranche pas à elle seule.
Le deuil donne aussi à chaque détail une force particulière. Une personne venue chercher un proche disparu remarquera davantage l’élément qui correspond à son histoire que les affirmations vagues ou erronées. Quand le récit est ensuite répété, le détail juste peut rester seul sous les projecteurs. Une belle histoire, un mauvais dossier.
Le verdict tient sur une feuille de protocole
Les recherches citées entre 2017 et 2025 documentent des expériences rapportées, des scores de lecture supérieurs au hasard dans une étude de 2021 et des pistes biologiques à explorer. Elles ne vérifient pas indépendamment qu’une information vient d’une personne décédée. Le résultat de 2021 justifie de poursuivre les recherches, mais il ne transforme pas une performance en preuve d’identité.
Les médiums peuvent produire des informations qui paraissent précises, mais aucune étude citée ne démontre qu’ils communiquent réellement avec les morts. Le score d’une séance peut être mesuré. L’identité de son prétendu interlocuteur reste non démontrée.
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