Les étirements évitent-ils vraiment les courbatures?
On répète souvent qu’un peu d’étirement après le sport suffit à éloigner les courbatures. L’idée est rassurante, mais les essais disponibles racontent une histoire moins confortable: les étirements peuvent améliorer la mobilité, sans empêcher les douleurs musculaires retardées.
Les courbatures apparaissent généralement entre 12 et 72 heures après un effort inhabituel ou intense, en particulier lorsque le muscle s’allonge sous charge. Elles s’accompagnent de douleur, de raideur et parfois d’une baisse temporaire de la force. Étendre le muscle après la séance semble donc logique. Mais une intuition n’est pas une preuve, et l’équation « douleur égale tension égale étirement » a un dossier assez maigre.
Une légende sportive qui remonte au moins à 1989
La date de naissance exacte du mythe reste introuvable dans les éléments disponibles. En revanche, sa présence est documentée dès le 1er décembre 1989. Les auteurs d’un essai publié dans Research Quarterly for Exercise and Sport écrivaient déjà que la littérature grand public présentait les étirements statiques et l’échauffement comme des moyens possibles de prévenir les courbatures.
High, Howley et Franks ont réparti 62 volontaires, femmes et hommes, en quatre groupes: étirements statiques des quadriceps avant un test de step, échauffement, combinaison des deux, ou test sans préparation de ce type. Les participants ont évalué leurs douleurs pendant les cinq jours suivants. Aucune différence de douleur maximale n’a été observée entre les groupes.
Le test faisait travailler une jambe de manière concentrique et l’autre de manière excentrique, c’est-à-dire avec un muscle qui s’allonge sous charge. La jambe excentrique a été la plus douloureuse. Ce résultat ne permet pas de généraliser à toutes les séances, mais il suffit à contredire la promesse d’un étirement préventif universel. Spoiler: 1989 ne constitue pas l’acte de naissance du mythe, seulement une trace scientifique ancienne de sa circulation.
Une belle histoire, un mauvais raccourci
Un étirement peut modifier momentanément l’amplitude d’un mouvement et donner une sensation de relâchement. On se sent alors moins raide, parfois plus à l’aise. Le cerveau peut rapidement ranger ce confort dans la case « récupération réussie ». Pourtant, une sensation agréable ne prouve pas que les tissus impliqués dans les courbatures ont récupéré plus vite.
Le pivot de l’enquête est simple: les étirements travaillent la souplesse, mais les données ne montrent pas qu’ils empêchent les courbatures.
La synthèse de 2021 retire le tapis sous le mythe

Une revue systématique et méta-analyse publiée en 2021 dans Frontiers in Physiology a examiné les effets des étirements réalisés après l’exercice. Intitulée The Effectiveness of Post-exercise Stretching in Short-Term and Delayed Recovery of Strength, Range of Motion and Delayed Onset Muscle Sorenesselle portait sur des essais contrôlés randomisés.
Les chercheurs ont comparé les étirements post-exercice à une récupération passive ou à d’autres modalités, comme un pédalage à faible intensité. Ils ont étudié trois critères: les courbatures retardées, la force et l’amplitude des mouvements. La revue a suivi la méthode PRISMA et a interrogé huit bases de données. Elle teste donc une promesse précise, pas l’utilité générale de tous les étirements.
Dans son décryptage publié le 17 juillet 2024, l’Inserm répond non à la question « les étirements limitent-ils les courbatures? ». L’organisme distingue cet objectif de l’amélioration de la souplesse et de la mobilité. La synthèse scientifique ne fournit donc pas de base solide à l’idée d’une récupération accélérée par les étirements.
Les essais plus ciblés ne donnent pas de passe-droit au stretching
Un essai contrôlé randomisé publié le 1er mars 1993 a étudié les effets d’une longue séance d’étirements statiques ou balistiques. Vingt hommes ont réalisé trois séries de 17 étirements sur 90 minutes. La douleur et la créatine kinase ont été mesurées avant la séance, puis toutes les 24 heures pendant cinq jours.
Les courbatures ont atteint leur maximum 24 heures après la séance. Elles étaient plus élevées dans le groupe statique que dans le groupe balistique, et la créatine kinase a augmenté de 62 % dans les deux groupes réunis. Cette étude montre qu’une séance d’étirements longue et inhabituelle peut être suivie de courbatures, pas que tous les étirements les provoquent.
La nuance compte: l’essai ne comparait pas ces deux groupes à un groupe sans étirement. Il ne permet donc pas de conclure que l’étirement statique aggrave systématiquement les courbatures. Il rappelle surtout qu’un effort inhabituel reste un effort, même lorsqu’il se déroule sur un tapis de sol.
Un autre essai randomisé, publié le 26 octobre 2022 dans Photobiomodulation, Photomedicine, and Laser Surgerya inclus 54 personnes non entraînées. Après un exercice excentrique destiné à provoquer des courbatures, les participants ont reçu des étirements de faible intensité à 24, 48 et 72 heures, avec ou sans photobiomodulation.
Les étirements n’ont pas modifié de manière significative la douleur déclarée, la force isométrique maximale ou la performance à un saut sur une jambe. Dans le groupe combinant photobiomodulation et étirements, le seuil de douleur à la pression était plus bas à certains moments, ce qui correspond à une sensibilité accrue. Le résultat principal reste l’absence d’amélioration mesurable de la douleur et de la fonction.
Pourquoi l’étirement semble parfois fonctionner

Le piège vient en partie du calendrier. L’étirement procure parfois une sensation agréable immédiatement, alors que les courbatures atteignent leur intensité plus tard. On peut donc se sentir mieux juste après la séance, puis constater une baisse de la douleur deux jours plus tard. Le rituel récupère facilement le mérite du temps qui passe.
Le biais de confirmation renforce cette impression. On retient les séances où l’on s’est étiré et où la douleur a été faible, mais moins volontiers celles où l’étirement n’a rien changé. Une amélioration ressentie après un étirement ne prouve pas une action sur les courbatures. Corrélation et causalité ne sont pas la même affaire.
L’effet de répétition fait le reste. Une consigne entendue dans un club, une vidéo puis un article paraît plus familière à chaque passage. La légende fonctionne comme un jeu de téléphone arabe: « cela détend » devient « cela aide à récupérer », puis « cela empêche les microlésions ». L’information a pris du volume, pas de la solidité.
Le stretching a bien une utilité, mais pas ce métier-là
Les étirements ont un rôle identifiable lorsqu’ils sont utilisés pour travailler la souplesse et maintenir l’amplitude des mouvements. C’est le point rappelé par l’Inserm dans son décryptage de 2024. Le problème ne vient donc pas du geste en lui-même, mais de la promesse qu’on lui attribue.
- Pour la mobilitéune routine d’étirements peut viser une amplitude de mouvement plus confortable.
- Pour la préparation d’une activitéles mouvements doivent rester adaptés à l’effort prévu et ne pas être exécutés dans une amplitude forcée.
- Après une séance suivie de courbaturesun mouvement doux peut être testé si la sensation reste confortable. Il ne faut pas chercher à tirer davantage sur un muscle douloureux pour accélérer une récupération qui n’est pas démontrée.
La bonne question n’est donc pas « faut-il toujours s’étirer? », mais « quel objectif poursuit-on? ». La mobilité et la prévention supposée des courbatures ne désignent pas le même résultat.
Le mode d’emploi pour ne pas transformer un mythe en mauvaise idée
Une courbature diffuse apparue le lendemain d’un effort inhabituel ne justifie pas un étirement intense. Trois repères permettent de rester dans une zone prudente:
- Commencer par des mouvements faciles et observer la réaction du muscle.
- Rester dans une amplitude confortable, sans rebond ni douleur vive. Un étirement qui augmente la douleur n’apporte pas le bénéfice recherché.
- Distinguer la courbature d’une douleur aiguë apparue pendant le geste, d’une sensation de claquement ou d’une douleur irradiée. Ces signes ne correspondent pas au scénario habituel d’une douleur musculaire retardée et justifient un avis médical ou paramédical.
On peut donc conserver les étirements pour la mobilité, sans leur confier la mission de faire disparaître les courbatures. Le muscle n’a pas signé de contrat avec le tapis de sol.
Sources et références scientifiques
- The Effectiveness of Post-exercise Stretching in Short-Term and Delayed Recovery of Strength, Range of Motion and Delayed Onset Muscle Soreness: A Systematic Review and Meta-Analysis of Randomized Controlled Trials – PMC. Frontiers in physiology. DOI: 10.3389/fphys.2021.677581 · PMID: 34025459.
- Abt G., Boreham C., Davison G., Jackson R., Nevill A., Wallace E., et al. (2020). Power, precision, and sample size estimation in sport and exercise science research. J. Sports Sci. 38, 1933-1935. 10.1080/02640414.2020.1776002 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1080/02640414.2020.1776002.
- ACSM (2018). ACSM's Guidelines for Exercise Testing and Prescription, 10th Edn., eds Bayles M. P., Swank A. M.. Philadelphia, PA: Wolters Kluwer. [Google Scholar].
- American Heart Association (2020). Guidelines and Statements. Available online at:.
- Apostolopoulos N. C., Lahart I. M., Plyley M. J., Taunton J., Nevill A. M., Koutedakis Y., et al. (2018). The effects of different passive static stretching intensities on recovery from unaccustomed eccentric exercise – a randomized controlled trial. Appl. Physiol. Nutr. Metab. 43, 806-815. 10.1139/apnm-2017-0841 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1139/apnm-2017-0841.
- Bonfim A. E. D., De Re D., Gaffuri J., Costa M. M. D., Portolez J. L. M., Bertolini G. R. F. (2010). Use of static stretching as an intervenient factor in delayed onset muscle soreness. Rev. Brasil. De Med. Do Esporte 16, 349-352. 10.1590/S1517-86922010000500006 [DOI] [Google Scholar]. doi:10.1590/S1517-86922010000500006.
- Boobphachart D., Manimmanakorn N., Manimmanakorn A., Thuwakum W., Hamlin M. J. (2017). Effects of elastic taping, non-elastic taping and static stretching on recovery after intensive eccentric exercise. Res Sports Med. 25, 181-190. 10.1080/15438627.2017.1282360 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1080/15438627.2017.1282360.
- Cè E., Limonta E., Maggioni M. A., Rampichini S., Veicsteinas A., Esposito F. (2013). Stretching and deep and superficial massage do not influence blood lactate levels after heavy-intensity cycle exercise. J. Sports Sci. 31, 856-866. 10.1080/02640414.2012.753158 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1080/02640414.2012.753158.
- César E. P., Júnior C. S. R., Francisco R. N. (2021). Effects of 2 intersection strategies for physical recovery in Jiu-Jitsu athletes. Int. J. Sports Physiol. Perform. 16, 1-6. 10.1123/ijspp.2019-0701 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1123/ijspp.2019-0701.
- Cha H. G., Kim M. K. (2015). Effects of the hold and relax-agonist contraction technique on recovery from delayed onset muscle soreness after exercise in healthy adults. J. Phys. Ther. Sci. 27, 3275-3277. 10.1589/jpts.27.3275 [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1589/jpts.27.3275.
- Cheung K., Hume P., Maxwell L. (2003). Delayed onset muscle soreness: treatment strategies and performance factors. Sports Med. 33, 145-164. 10.2165/00007256-200333020-00005 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.2165/00007256-200333020-00005.
- Cooke M. B., Nix C. M., Greenwood L. D., Greenwood M. C. (2018). No differences between alter G-trainer and active and passive recovery strategies on isokinetic strength, systemic oxidative stress and perceived muscle soreness after exercise-induced muscle damage. J. Strength Condition. Res. 32, 736-747. 10.1519/JSC.0000000000001750 [DOI] [PubMed] [Google Scholar]. doi:10.1519/JSC.0000000000001750.
- Deeks J. J., Higgins J. P., Altman D. G. (2008). Analysing data and undertaking meta-analyses, in Cochrane Handbook for Systematic Reviews of Interventions: The Cochrane Collaboration, eds Higgins J. P., Green S. (New Jersey, NY: The Cochrane Collaboration; ), 243-296. 10.1002/9 [DOI] [Google Scholar]. doi:10.1002/9780470712184.ch9.
- Smith LL, Brunetz MH, Chenier TC, McCammon MR, Houmard JA, Franklin ME, Israel RG.. The effects of static and ballistic stretching on delayed onset muscle soreness and creatine kinase.. Research quarterly for exercise and sport. 1993. DOI: 10.1080/02701367.1993.10608784 · PMID: 8451526. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- High DM, Howley ET, Franks BD.. The effects of static stretching and warm-up on prevention of delayed-onset muscle soreness.. Research quarterly for exercise and sport. 1989. DOI: 10.1080/02701367.1989.10607463 · PMID: 2489863. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Ma F, Li Y, Chen Q, Mei Y, Hu G, Yang Y, Xu C, Zheng S, Jiang J, Xu X, Lin J.. Effects of Photobiomodulation and Low-Intensity Stretching on Delayed-Onset Muscle Soreness: A Randomized Control Trial.. Photobiomodulation, photomedicine, and laser surgery. 2022. DOI: 10.1089/photob.2022.0055 · PMID: 36301306. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Leon. Les étirements évitent les courbatures, Réalité ou fausse croyance?. 2025.
- Does Stretching Help Sore Muscles & How to Do It Safely.
- Inserm – Canal Détox. Bien s’étirer pour lutter contre les courbatures, vraiment?.
- Thomas Leclerc. Étirements : guide complet pour bien s'étirer sans se blesser. 2026.
