Oui, les requins nagent dans les océans depuis des dizaines de millions d’années avant que le premier tronc ligneux n’ait percé le sol. Cet article décortique ce décalage temporel et ce qu’il dit de l’évolution.
Les chiffres bruts : requins vs arbres, qui arrive en premier ?
Le débat « requin ou arbre » amuse les réseaux sociaux. La géologie coupe court au suspens. Des travaux synthétisés par des paléontologues et popularisés par Science & Vie indiquent que les premières lignées de requins apparaissent à la fin du Silurien, entre 450 et 420 millions d’années avant aujourd’hui. Des dents et épines fossiles de poissons cartilagineux très proches des requins ont été datées de cette période.
Pour les arbres, les dates tombent plus tard dans le calendrier géologique. Des études sur les premières forêts fossiles, comme celles de Gilboa dans l’État de New York ou du site d’East Devon en Angleterre, situent les premiers véritables arbres au Dévonien supérieur, vers 385 à 370 millions d’années. On parle ici de végétaux de grande taille avec un tronc ligneux, des racines profondes et un tissu secondaire, pas de simples plantes hautes.

Science & Vie rappelle que cela crée un décalage net : les requins apparaissent plus de 50 millions d’années avant les premiers arbres. Des vulgarisateurs comme Alloprof ou Ouest‑France reprennent cette fourchette en mentionnant des premiers requins autour de 450 millions d’années et des premiers arbres proches de 385 millions d’années. L’écart se situe donc entre 50 et 80 millions d’années selon les auteurs et les critères choisis pour dire « voilà, là c’est un arbre ».
Autre point clé : les requins modernes ne sont pas identiques à leurs ancêtres du Silurien, mais il s’agit bien d’une lignée évolutive ininterrompue. Pour les arbres, même logique : les érables, pins ou chênes actuels n’existaient pas au Dévonien, mais ils descendent d’anciennes lignées d’arbres fossiles comme Archaeopteris.
À quoi ressemblait la Terre avant les arbres… avec déjà des requins ?
Pour mesurer l’avance des requins, il faut visualiser la Terre du Silurien et du Dévonien précoce. Les continents n’ont pas encore la forme actuelle. La Pangée n’est pas assemblée. Le climat est chaud, les mers peu profondes couvrent de vastes zones côtières. Dans ces mers, des poissons cartilagineux proches des requins occupent déjà des niches de prédateurs. Des fossiles de dents et de tissus cartilagineux minéralisés attestent de leur présence.
À terre, le décor est très différent de ce que l’on imagine pour une « planète verte ». Au Silurien et au début du Dévonien, le paysage terrestre ne présente pas de forêts denses. Des plantes comme des mousses, des hépatiques et des végétaux vasculaires simples colonisent les sols, mais elles forment des tapis bas, parfois quelques tiges dressées de moins d’un mètre. Pas d’ombre, pas de troncs massifs. Des arthropodes terrestres commencent à s’installer mais les vertébrés restent aquatiques.
Les premiers arbres se développent bien plus tard, dans ce décor encore très minéral. Les gigantesques forêts de lycophytes et de fougères arborescentes qui marqueront le Carbonifère ne sont pas encore là. Cela signifie qu’à l’époque où les premiers requins nagent déjà depuis des dizaines de millions d’années, un humain transporté par magie sur la terre ferme ne verrait devant lui qu’un paysage nu, avec quelques taches de végétation basse, un sol fragile, peu de racines profondes et presque aucun relief végétal vertical.
Les océans au contraire montrent déjà une structure complexe. Des récifs coralliens ou à stromatoporoïdes, des trilobites, des brachiopodes, des mollusques bivalves et gastéropodes composent des faunes denses. Les requins occupent les niveaux supérieurs de cette chaîne alimentaire marine pendant que la terre ferme attend encore ses géants ligneux.

Pourquoi les dates varient selon les sources ? Dents, troncs et définitions
Quand on cherche « requins plus vieux que les arbres », on tombe vite sur des chiffres légèrement différents. Certains parlent de 400 millions d’années pour les requins, d’autres de 450 millions. Pour les arbres, on lit parfois 350 millions d’années, parfois 385 millions. Cette dispersion ne vient pas d’un flou complet, mais de choix précis de définition et de datation.
Côté requins, les spécialistes distinguent :
- des poissons cartilagineux ancestraux, proches des requins, au Silurien, avec des dents et des épines fossilisées;
- des formes plus « classiques » de requins au Dévonien, avec des morphologies mieux connues.
Les paléontologues discutent du moment où l’on peut parler de « requin » au sens strict. Ouest‑France, qui cite des travaux de paléontologie, mentionne des fossiles de requins à 450 millions d’années, soit 90 millions d’années avant les arbres. Des vulgarisateurs plus prudents prennent 420 millions d’années, date qui s’aligne sur certains inventaires fossiles et sur les intervalles retenus par des synthèses scientifiques.
Pour les arbres, la question tourne autour de la définition de l’arbre. Un arbre se caractérise par un tronc en tissus ligneux (xylème secondaire), des racines profondes et une longévité pluriannuelle avec croissance en diamètre. Les premières plantes boisées, comme Archaeopteris, apparaissent vers 385 millions d’années, dans le Dévonien supérieur. Des sources plus vulgarisées arrondissent parfois à 350 millions d’années pour simplifier, en mélangeant premiers arbres et grandes forêts du Carbonifère.

Ajoutons à cela les marges d’erreur liées à la datation radiométrique et à la corrélation des couches. Un fossile issu d’une formation datée de 420 ± 5 millions d’années sera présenté différemment selon les auteurs. Malgré ces nuances, toutes les sources sérieuses convergent sur un point : la lignée des requins précède clairement celle des arbres, avec un écart supérieur à 50 millions d’années.
Comment les requins ont tenu bon pendant cinq extinctions massives
Dire que les requins sont plus vieux que les arbres ne revient pas seulement à écrire une anecdote de soirée. Cela dit aussi qu’ils ont traversé les périodes les plus violentes de l’histoire de la vie. Des articles comme celui d’Ouest‑France rappellent que les requins survivent à cinq extinctions massives, dont celle de la fin du Permien qui élimine près de 96 % de la vie marine. Cela inclut la fameuse extinction Crétacé-Tertiaire liée à l’astéroïde de Chicxulub.
Cette résistance ne tient pas à une invincibilité, mais à un ensemble de traits. Les requins présentent un squelette cartilagineux léger, une diversité de formes et de tailles, et une capacité à occuper des niches très différentes. Certaines espèces chassent en pleine eau, d’autres vivent près des fonds, d’autres encore filtrent le plancton comme le requin-baleine.
L’évolution des requins après chaque crise révèle plutôt une mosaïque d’extinctions et de radiations. Des groupes entiers disparaissent, d’autres émergent. L’image d’un requin « identique » depuis 400 millions d’années ne tient pas. En revanche, l’architecture générale du corps – nageoires pectorales, queue hétérocerque, rangées de dents renouvelables – reste reconnaissable sur des fossiles du Dévonien et sur des espèces actuelles.
Cette longévité sur l’échelle géologique met en perspective la pression humaine récente. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) indique qu’une part importante des espèces de requins est aujourd’hui menacée par la surpêche, la destruction d’habitats côtiers et la pollution. Un groupe qui a traversé cinq extinctions planétaires se retrouve fragilisé en quelques décennies d’activités humaines intensives.
Les premiers arbres et la révolution planétaire qu’ils ont déclenchée
Les arbres arrivent plus tard que les requins, mais leur apparition transforme la planète de façon radicale. Les premières véritables forêts au Dévonien supérieur et au Carbonifère modifient la chimie de l’atmosphère, la structure des sols et le cycle du carbone à long terme.

Les racines profondes stabilisent les sols, accroissent l’érosion chimique des roches, libèrent des ions qui finissent dans les océans. Ce mécanisme influe sur le climat à grande échelle en piégeant du dioxyde de carbone sur des temps longs, via la formation de carbonates et de sédiments organiques. Des études sur la paléoclimatologie du Paléozoïque lient la chute du CO₂ atmosphérique à la montée en puissance des forêts.
Les arbres du Dévonien et du Carbonifère stockent un volume de carbone énorme dans leur bois et dans les sols forestiers. Une partie de cette biomasse échappe à la décomposition complète et se transforme en gisements de charbon au fil des millions d’années. Quand nous brûlons du charbon aujourd’hui, nous libérons une fraction de ce carbone capté par ces forêts anciennes qui, pour une part, suivent l’apparition des premiers arbres.
Sur le plan des écosystèmes terrestres, les canopées offrent de nouvelles niches. Des arthropodes, puis des vertébrés, exploitent ces milieux en trois dimensions. La verticalité des forêts crée des gradients de lumière, d’humidité et de température. Cette structuration de l’espace terrestre n’existait pas avant les arbres. Le contraste est frappant avec la situation des requins : eux évoluent dans des océans déjà structurés en profondeur, mais voient leurs habitats se recomposer à chaque réorganisation des continents et des courants.
Requins contre arbres : que raconte cette comparaison sur l’évolution ?
Comparer l’âge des requins et des arbres mélange deux mondes. Un prédateur marin et un organisme végétal terrestre n’ont rien de commun dans leur biologie. Pourtant, ce duel apparent dit quelque chose de notre perception du temps. L’arbre évoque la durée, la lenteur, la mémoire. Le requin, lui, incarne l’efficacité de la prédation. Beaucoup de gens imaginent donc spontanément que les arbres « doivent » être plus anciens que ces prédateurs.
La paléontologie renverse ce réflexe. Les mers abritent des lignées complexes de vertébrés bien avant que la terre ferme ne se dote de grands végétaux ligneux. L’innovation « requin » arrive plus tôt que l’innovation « arbre », alors que les deux occupent des rôles clés dans leurs milieux respectifs : top prédateur dans un cas, architecte d’écosystème terrestre dans l’autre.
Cette comparaison montre aussi que la chronologie de l’évolution ne suit pas une montée linéaire vers le « plus complexe ». Le squelette cartilagineux des requins précède les troncs rigides, les forêts et les écosystèmes terrestres denses. Les arbres ne couronnent pas une progression ininterrompue, ils surgissent quand certaines contraintes physiques, chimiques et biologiques rendent ce mode de vie viable.
Enfin, l’écart de 50 à 80 millions d’années entre requins et arbres rappelle que les repères humains sont dérisoires. Homo sapiens n’apparaît qu’il y a environ 300 000 ans. Les premières traces de villes structurées datent de quelques millénaires. Nos chroniques écrites couvrent moins de 5 000 ans. Pendant ce temps, les requins naviguent dans les océans depuis plus de 400 millions d’années, et des forêts peuplent les continents depuis près de 380 millions d’années.
Des requins plus vieux que les arbres, mais très différents des espèces actuelles
Dire que les requins existent depuis 400 millions d’années ne signifie pas que le grand requin blanc d’aujourd’hui nageait déjà entre les récifs du Dévonien. Les formes actuelles sont le résultat d’une longue évolution. La plupart des fossiles de requins anciens proviennent de dents, car le cartilage se conserve mal. Ces dents montrent une grande diversité de tailles, de formes et de dispositions dans les mâchoires.
Au cours du Paléozoïque et du Mésozoïque, une succession de groupes de requins occupe les mers. Certains présentent des structures dentaires extravagantes, comme des spirales dentées. D’autres se spécialisent dans des proies particulières. Les lignées qui survivront jusqu’à l’époque moderne se stabilisent en partie après les grandes crises, notamment après l’extinction de la fin du Crétacé qui met fin à l’ère des dinosaures non aviens.
Les arbres suivent une histoire parallèle de diversification. Les premières lignées d’arbres au Dévonien ne ressemblent pas aux forêts de chênes ou de pins actuelles. Des plantes comme Archaeopteris combinent des traits de fougère et d’arbre moderne, avec un tronc boisé et une reproduction encore dépendante de spores. Les gymnospermes se diversifient ensuite, puis les angiospermes (plantes à fleurs) prennent une place dominante à partir du Crétacé.
Au final, quand on dit que les requins sont plus anciens que les arbres, on parle d’ancêtres dont l’aspect serait méconnaissable pour un observateur moderne. Le lien tient à la continuité généalogique, pas à une identité morphologique strictement conservée.
Pourquoi cette anecdote cartonne : entre réseaux sociaux et science
L’affirmation « les requins existent depuis plus longtemps que les arbres » circule sur TikTok, Instagram, YouTube, Facebook. Des pages de vulgarisation comme Numerama ou des créateurs sur Dailymotion en font des capsules courtes. La phrase frappe parce qu’elle casse une intuition :
- on associe l’arbre à la durée et à la sagesse;
- on voit le requin comme un « produit » d’une nature déjà installée.
Les rédactions de journaux grand public comme Ouest‑France se sont saisies de cette accroche pour rappeler des données plus larges : ancienneté des requins, nombre d’extinctions traversées, diversité actuelle avec près de 500 espèces, longévité extrême du requin du Groenland qui peut atteindre 400 ans selon une étude publiée dans Science en 2016.
Des sites de vulgarisation comme Science & Vie détaillent le contexte paléozoïque, expliquent la différence entre lignée évolutive et espèce actuelle, et replacent l’arbre et le requin dans une chronologie plus complète. Cette anecdote joue donc comme une porte d’entrée vers des sujets plus lourds : géologie du Paléozoïque, extinctions massives, climat ancien, origine des forêts et des grands prédateurs marins.
La question « qui est apparu en premier, le requin ou l’arbre ? » fonctionne parce qu’elle tient en une phrase, mais pointe vers une histoire longue. C’est le genre de fait qui revient souvent dans les discussions sur l’Anthropocène : une espèce apparue il y a quelques centaines de milliers d’années modifie aujourd’hui les conditions de vie d’organismes présents depuis plusieurs centaines de millions d’années.
FAQ – Requins vs arbres : les réponses concises aux questions récurrentes
Les requins existent-ils vraiment depuis plus longtemps que les arbres ?
Oui. Les estimations placent l’apparition des premières lignées de requins entre 450 et 420 millions d’années, à la fin du Silurien. Les premiers arbres, au sens de végétaux dotés d’un tronc ligneux et de racines profondes, arrivent plutôt vers 385 à 370 millions d’années au Dévonien supérieur. L’écart se situe autour de 50 à 80 millions d’années.
Les requins de l’époque ressemblaient-ils aux requins actuels ?
Pas vraiment. Les ancêtres du Silurien et du Dévonien partagent des traits avec les requins actuels (squelette cartilagineux, dents renouvelables), mais leur anatomie diffère fortement. Les grandes espèces emblématiques comme le grand requin blanc ou le requin-marteau sont beaucoup plus récentes dans l’histoire de la vie.
Les arbres existaient-ils sous une autre forme avant le Dévonien ?
Des plantes terrestres existent avant les arbres, sous forme de mousses, de petites plantes vasculaires et de végétation basse. En revanche, les paléobotanistes réservent le terme « arbre » à des plantes présentant un tronc boisé, des racines profondes et une croissance en diamètre. Ces caractéristiques apparaissent plus tard, chez des formes comme Archaeopteris au Dévonien supérieur.
Les requins ont-ils survécu à toutes les grandes extinctions ?
La lignée des requins traverse les cinq grandes extinctions massives recensées. Des groupes entiers disparaissent à chaque crise, mais d’autres s’en sortent et se diversifient ensuite. Ouest‑France rappelle que les requins passent même l’extinction de la fin du Permien, qui élimine près de 96 % de la vie marine, puis celle qui tue les dinosaures non aviens.
Les arbres ont-ils aussi un impact sur le climat depuis leur apparition ?
Oui. Les premières forêts du Dévonien et du Carbonifère jouent un rôle majeur dans la baisse du CO₂ atmosphérique sur des millions d’années. Les racines accélèrent l’érosion chimique des roches, les troncs stockent du carbone, une partie de la biomasse finit ensevelie et donne naissance à des gisements de charbon. Cette « révolution forestière » change durablement le climat et la chimie des océans.
Pourquoi ce fait sur les requins et les arbres circule-t-il autant ?
Parce qu’il bouscule une intuition simple. Beaucoup de gens imaginent les arbres comme des symboles de longévité plus anciens que des prédateurs marins. La paléontologie montre l’inverse. Cette surprise crée un bon « accroche‑mémoire » pour parler de l’histoire longue de la vie, des extinctions et du décalage entre notre échelle de temps et celle de l’évolution.
Sources et références (8)
▼
- [1] Letribunaldunet (letribunaldunet.fr)
- [2] Alloprof.qc.ca (alloprof.qc.ca)
- [3] Ouest-france (ouest-france.fr)
- [4] Dailymotion (dailymotion.com)
- [5] Science-et-vie (science-et-vie.com)
- [6] Facebook (facebook.com)
- [7] Facebook (facebook.com)
- [8] Fr.wikipedia (fr.wikipedia.org)
