21 février 2010

Le serpent pique avec sa langue

arton540

Une fourche qui ne pique pas.

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La langue des serpents a un aspect pointu. Certes. Bifide, donc doublement pointu. Re certes.

Mais est-ce suffisant pour affirmer qu’elle est assez dure ou rigide pour piquer ? Il suffit, pour tordre définitivement le cou à cette idée reçue, de toucher cet organe du bout du doigt. J’imagine la forêt de poils prête à se hérisser à cette idée. Pour ceux qui ne sont pas encore prêts à en faire l’expérience, il vous faudra croire ceux qui ont franchi le pas et affirment qu’une langue de serpent est aussi dure qu’un spaghetti trop cuit. Voire un tentacule d’escargot.

Pourtant, plus d’un jure leurs grands dieux et toute la fournée de saints qui vont avec, que c’est par ce moyen que le serpent inoculerait son venin.

« Je vous préviens, cher ignorant, qu’à la fin de l’envoi, j’embroche ! »

L’équation s’impose : langue bifide + 2 blessures correspondantes = perforations.

L’amalgame vient vraisemblablement du fait que lors d’une morsure venimeuse, on distingue 2 points rouges sur l’épiderme. La langue est une partie visible du serpent, contrairement aux crochets venimeux rangés à l’intérieur de la bouche.

Quand l’animal frappe, c’est en général très rapide. On a à peine le temps d’en saisir le mouvement et on ne ressent qu’une douleur identique à une piqûre. Le serpent est déjà en retrait en train de balayer l’air de sa langue.

Passons au ralenti :

1. Le serpent dérangé ou surpris détend son corps lové en “S” vers ce qu’il considère comme un agresseur (en ultime recours s’il n’a pu fuir) ;
2. Ses crochets sont rangés au repos le long de sa mâchoire supérieure ;
3. Il ouvre la gueule ;
4. Ses crochets se détendent vers l’avant ;
5. Ils atteignent la cible et se plantent dedans ;
6. Des muscles pressent les glandes à venin pour injecter les toxines ;
7. Le corps est ramené en arrière ;
8. La gueule se referme ;
9. Les crochets se rangent le long de la mâchoire :
10. Le reptile est revenu dans sa position de départ et tire la langue.

Il est en train de collecter les phéromones présentes dans l’air à l’aide de sa langue qu’il ramène à l’intérieur de sa bouche. Là, elle entre en contact avec l’organe chimiosensible de Jacobson. Cet organe situé au niveau du palais analyse toutes les données recueillies au-dehors. Elle lui permet de repérer ses proies, de les suivre après morsure ou de détecter tout danger qui le menacerait.

La langue a la souplesse et la mobilité d’un fouet afin de se mouvoir tout en collectant les particules, ce qui permet au serpent de garder sa position d’affût immobile. La langue des lézards et des varans a la même texture et la même fonction.