10 mai 2006

Lindbergh est le premier à avoir traversé l’Atlantique en avio

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Vols avec un coucou !

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Charles Lindbergh a été le 1er aviateur à traverser l’Atlantique, comme Louis Blériot a été le 1er à franchir la Manche. Faux, pour Lindbergh !

Reprenons donc depuis le début : En 1913, Lord Northcliffe, propriétaire du Daily Mail londonien offrit une somme de 10.000 livres “to the aviator who shall first cross the Atlantic in an aeroplane in flight, from any point in the United States, Canada, or Newfoundland, to any point in Great Britain, or Ireland”. Une seule restriction : le vol devant être effectué en moins de 72 heures consécutives !

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En effet, les 3.000 km de distance dépassant très largement les possibilités techniques de l’époque, il était stipulé que les hydravions seraient autorisés à amerrir, les équipages pouvant même monter à bord d’un navire, ou faire remorquer leur appareil, mais à la condition de redécoller de l’endroit où ils se seraient posés.

C’est ainsi que, bien plus tard, le 13 juin 1919 John William Alcock & Arthur Whitton Brown, deux Britanniques, décollaient avec leur Vickers Vimy V/150 de St Jean de Terre-Neuve, pour l’Irlande. Le Vimy était un bombardier lourd terrestre conçu à l’origine pour atteindre Berlin, et il avait été amené depuis l’Angleterre par bateau… Le 14 juin, 16 h 12 min plus tard, ils se posaient, en “cassant du bois”, sur la côte d’Irlande à Clifden après un vol de 3 186 km… Ils reçurent donc le prix de 13.000 £ (un don supplémentaire ayant augmenté la cagnotte).

C’est donc ce vol qui est généralement passé à la postérité, parmi les “initiés”, comme le 1er ayant franchi l’Atlantique, car “non-stop”, bien que le règlement du prix ne l’imposait nullement !

MAIS, comme rien n’est simple, il faut savoir qu’un peu auparavant, le 16 mai 1919, une escadrille de trois hydravions NC (Navy/Curtiss, ou “Nancies”) américains avait quitté Trepassey Bay (Brrrr…) à Terre-Neuve, à destination de l’Europe. Seul le NC4, avec son équipage de 6 hommes réussit à atteindre sans problème les Açores, commandé par le lieutenant de vaisseau Albert C. Read avec Walter Hinton comme co-pilote. L’amerrissage se fit à Horta (île Fayal) après 15 h 13 min. Une semaine après il décollait pour Lisbonne et poursuivit sa route en plusieurs étapes jusqu’à Londres. Comme il s’agissait d’un raid purement militaire et qu’il ne satisfaisait pas aux critères du Prix Northcliffe, ce premier franchissement véritable de l’Atlantique en avion fait partie des “oubliés” de l’Histoire, sauf aux USA, où il est considéré, fort justement semble-t-il, comme le seul valable !

C’est alors qu’un Français émigré aux USA, Raymond Orteig, créa un second prix fin mai 1919, d’un montant de 25.000 $. Destiné à récompenser “un pilote d’un pays allié – on sortait tout juste de la guerre – qui traversera l’Atlantique d’un seul coup d’aile, de Paris à New York, ou de New York à Paris”. Il s’agissait d’un montant 2 fois moindre, pour une distance 2 fois plus longue, mais pourtant les prétendants ne manquèrent pas !

René Fonck en 25, Nungesser-Coli en 1927 du côté des Français ; Richard Byrd, Noël Davis, Clarence Chamberlin du côté américain.Mais c’est Charles Augustus Lindbergh qui, décollant de New York le 20 mai 1927 à 12 h 52 avec son Ryan NYP à moteur Wright “Spirit of St Louis”, se posera en vainqueur, après un vol de 33 h 20 min, au Bourget ayant parcouru 5 805 km, remportant le prix Orteig. Ce vol sans escale et en solitaire, devait lui apporter la gloire, et éclipser, malheureusement, ses prédécesseurs dans la mémoire des foules.

D’autres tentatives devaient encore suivre, plus ou moins heureuses : Byrd faisant un plongeon avec son “America” en vue des côtes françaises, Chamberlin, pulvérisant le record de distance de Lindbergh, mais contraint à faire atterrir son “Columbia” à moins de 200 km de Berlin… Mais la majorité se faisant toujours dans le sens ouest est, cela étant dû aux très grandes difficultés provoquées dans l’autre sens par les vents contraires… Le 1er à réussir la traversée dans l’autre sens est un autre oublié, le baron Guenther Van Haenfeld, qui en avril 1928 partait d’Irlande pour se poser, complétement égaré, au Labrador (il était passager-navigateur, de l’avion qu’il sponsorisait).

Mais c’est finalement à des Français que devait échoir l’honneur de réussir à leur tour “la totale” : Dieudonné Costes et Maurice Bellonte, sur leur Bréguet XIX, ” ?” [2] , décollaient de Paris le 1er septembre 1930, pour se poser 37 h 18 min plus tard à New York. L’Atlantique s’ouvrait aux lignes aériennes commerciales…

Alors qui ? Stricto sensu : l’américain Hinton, qui le premier a mené par la voie des airs un avion d’Amérique en Europe, puis Alcock qui le 1er l’a fait, plus élégamment sans escale. C’est pourtant Lindbergh qui reste définitivement dans la mémoire collective car le plus “parfait” de tous : reliant les 2 villes mythiques de chacun des deux continents, en solitaire (exploit inouï !), et en monomoteur qui plus est ! Enfin l’extraordinaire sympathie et modestie qui émanaient de sa personne (il avait tout de l’étudiant typique américain, bien qu’il soit déjà un pilote chevronné étant passé par l’aéropostale américaine, épopée presque aussi riche que notre Aéropostale) : tout était réuni pour qu’il prenne la première place dans la saga de l’Atlantique Nord !