15 décembre 2008

Le jambon dénommé Aoste vient d’Italie

panneau

Le contenu de cet article est PROUVÉ

Qui l’eût cru fut cuit.

Que nenni, chers amateurs et chères amatrices de jambon de Parme, San Daniele et autres prosciutti transalpins : le jambon de la marque Aoste ne vient pas du fameux Val du même nom. Il n’est pas non plus affiné dans les caves ancestrales de quelque montagnard farouche et buriné. C’est un produit industriel fabriqué dans une usine sise sur le territoire de la petite commune éponyme d’Aoste, située à 15 km de La Tour-du-Pin, une des deux sous-préfectures du département français de l’Isère (38). Française jusqu’en 1996, la marque équivoque fut pendant dix ans la propriété du groupe industriel états-unien Sara Lee, aux côtés de Justin Bridou et Cochonou, ces autres joyaux de notre gastronomie charcutière ; depuis lors, tombée avec ses petits camarades dans le giron de Smithfield Foods Inc., puis de Campofrio, lui-même  détenu en partie  par le  géant chinois du porc  WH Group et le mexicain Sigma Alimentos, elle prospère au sein du groupe Aoste qui, avec 730 millions d’euros de chiffre d’affaires, caracole en tête du secteur de la cochonnaille hexagonale.

À la suite d’un arbitrage de la Commission européenne, ce jambon guère artisanal ne peut désormais plus être vendu sous le vocable ambigu de « Jambon d’Aoste » afin de ne pas être confondu avec son noble cousin des champs élaboré artisanalement en petites quantités dans la région autonome du Val d’Aoste et détenteur quant à lui de l’AOP « Valle d’Aosta Jambon de Bosses ».

« Aoste » tout court n’est donc qu’une simple marque déposée d’un groupe industriel coté en bourse qui, à l’instar de son prédécesseur, tire habilement parti d’une homonymie des plus opportunes. Le marketing de la provenance aura encore ici démontré sa redoutable efficacité sur l’imaginaire de la ménagère de moins de cinquante ans. Un petit tour de cochon, pour ainsi dire…