8 juillet 2006

Le Dr Guillotin inventeur de la guillotine

Guillotine

 Coupons court à une idée reçue !

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« Le couteau tombe, la tête est tranchée à la vitesse du regard, l’homme n’est plus. À peine sent-il un rapide souffle d’air frais sur la nuque. » C’est par ces mots prononcés le 1er décembre 1789, à la tribune de l’Assemblée Constituante dont il était député, que le Dr Guillotin est entré — malheureusement pour lui — dans l’histoire. Cette évocation lyrique fit bien rire l’assemblée, qui n’imaginait bien sûr pas qu’un bon nombre de ses membres devraient par la suite apprécier à leur tour la fraîcheur de ce petit courant d’air.

Rien ne prédisposait Joseph-Ignace Guillotin, médecin, professeur d’anatomie et député de Paris, à laisser cette aura sanglante associée à son nom, finalement bien mignon.

Imprégné de l’esprit du Siècle des Lumières, il était monté à la tribune de l’Assemblée pour évoquer pour la première fois l’uniformisation de la peine capitale, quel que soit le rang social ou le genre de crime commis. Sans ce souci égalitaire, il serait simplement passé à la postérité comme celui qui le premier avait demandé le déplacement de l’Assemblée dans la Salle du Jeu de Paume, avec les suites que l’on connaît…

Plus tard, le 20 janvier 1790, il déposa un projet qui prévoyait un mode d’exécution égalitaire, par décapitation, de tous les condamnés à mort : plus de pendaisons, de bûchers, de supplices de la roue, d’écartèlements, de supplices raffinés, etc. « Les délits du même genre seront punis par le même genre de peine, quels que soient le rang et l’état du coupable », écrit-il dans son projet de loi.

Le 3 juin 1791, l’Assemblée Constituante d’accord avec ce principe décrète que « tout condamné à mort aura la tête tranchée [1] ».

La contribution du Dr Guillotin s’arrête là, et le reste de son travail au service de la nation sera de tenter, en vain, de réformer les hôpitaux et de mettre en œuvre le premier programme de Santé Publique.

Répondant à une « offre de marché » de l’Assemblée Nationale, c’est le Dr Antoine Louis qui perfectionne une machine préexistante en Italie, avec l’aide d’un mécanicien allemand, Tobias Schmidt. L’utilisation d’un couperet vertical de forme trapézoïdale mû par la simple force de la pesanteur lui permettra de remporter le marché.

Cette belle mécanique de précision eut un certain succès à l’exportation car la Suisse, la Suède, la Belgique et l’Allemagne l’utilisèrent définitivement à leur tour…

Comme l’on sait, le « Rasoir national » ou la « Veuve » eut rapidement beaucoup de pain sur la planche… à découper, et fonctionna jusqu’à l’abolition de la peine de mort à la complète satisfaction de ses utilisateurs, ceux qui étaient du bon côté du couperet s’entend !

Si la machine fut d’abord appelée « Louisette », ou « Louison » en l’honneur de son véritable inventeur, il semble que de sombres démêlés du Dr Guillotin avec des journalistes parlementaires assistant aux débats de l’Assemblée et qui ne se tenaient pas suffisamment « bien » à son goût, les aient poussés à associer son nom à la nouvelle « machine à raccourcir ».

Il tentera tout au long de sa vie de faire « rendre à César ce qui était à César », mais en vain…

Sa fin ne fut pas celle qu’on lui prête souvent, à savoir mettre à son tour la tête à la petite lucarne, mais plus banalement dans son lit : il mourut d’une septicémie consécutive à un anthrax.

[1] Il faut cependant remarquer que dès le 1er Empire, cette uniformité de la peine connut quelque assouplissement. Elle ne fut plus en règle générale appliquée qu’aux condamnés de droit commun : les militaires, politiques, traîtres, espions étant « traités » par un peloton d’exécution.