8 juin 2005

Il faut faire vomir quelqu’un qui a bu de l’eau de javel

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Y a t-il en chacun de nous un marabout qui sommeille ?

 S’il est un type d’accident en particulier sur lequel on dit tout et n’importe quoi, c’est bien l’intoxication par produit chimique et en particulier l’eau de javel. Cet accident ne représente qu’un faible pourcentage des accidents domestiques mais fait partie de notre inconscient collectif, tout chargé qu’il est de sens, de contre-sens et bien entendu d’un paquet d’idées reçues auxquelles il n’est pas si aisé de tordre le cou…

On ne compte plus les croyances ineptes sur la façon de réagir face à un accident lié à l’ingestion d’eau de javel. La croyance populaire la plus courante, est qu’il faut faire vomir l’enfant. Cette erreur s’explique facilement par la crainte de l’adulte, qui sait qu’il y a dans l’estomac de son enfant, un produit ayant une aussi mauvaise réputation que l’eau de javel. Soit dit en passant, les produits les plus effrayants ne sont pas toujours les plus dangereux. L’ingestion de lessive ou de shampoing par exemple étant bien plus dangereuse car ils peuvent, s’ils se mettent à mousser, passer dans les bronches et provoquer des troubles respiratoires.

Mais revenons à notre eau de javel. Faire vomir est un geste dangereux et aggravant ! En effet, en faisant vomir l’enfant (ou l’adulte d’ailleurs), le sauveteur va provoquer un second accident, en sens inverse. Le produit va repasser dans l’œsophage et le brûler une seconde fois. Les risques de lésions sont alors démultipliés. Et puis finalement, un estomac, c’est plutôt solide, et comme dirait mon grand père, « si ça peut supporter vos Big Mac, ça peut bien supporter trois gouttes d’eau de javel ».

Tous les moniteurs de secourisme vous le diront, les gens sont intarissables sur le sujet. Voici une liste non exhaustive des fausses bonnes idées les plus fréquentes :

« Il faut lui faire boire de l’eau ». Sans doute avec le souci de diluer le méchant produit, de calmer la douleur dans le tube digestif ou juste histoire de faire quelque chose… Là encore, danger ! Tout ce que l’on obtient c’est une augmentation du volume de liquide dans l’estomac et donc une augmentation de la durée et la pénibilité du lavage d’estomac qui va suivre.

Plus étonnant, « le coup du verre de lait ». L’origine de cette croyance remonterait au 19ème siècle. Il semblerait qu’à l’époque, les mineurs de fond qui buvaient du lait vivaient plus vieux que les autres. L’explication viendrait du fait que le lait entier, très gras, tapissait la gorge de ces mineurs servant en quelque sorte de filtre pour les particules de charbon et d’amiante. Moins de particule dans les poumons donc, mais aucun rapport avec l’estomac et le conduit qui y mène.La réputation d’antipoison du lait est donc totalement injustifiée.

Faire manger du pain, boire de l’huile d’olive, faire des incantations, la liste semble infinie, sans doute parce qu’il est frustrant de rien faire et pourtant : Au final la seule bonne conduite à tenir est bien de ne rien faire, de ne surtout pas tenter de pratiquer des gestes qui seront dans tous les cas inutiles voire dangereux et se contenter d’appeler les secours et de faire conduire le buveur d’eau de javel à l’hôpital.