28 septembre 2008

Diogène vivait dans un tonneau

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Aucun philosophe n’aura si bien incarné ses propres idées. Son adversaire Platon l’appelait “chien” pour stigmatiser sa brusque franchise et son mode vie fondé sur le dénuement. Afin de le railler à son tour, Diogène se promenait avec une lanterne allumée en plein jour. À ceux qui s’en étonnaient, il répondait : je cherche “un homme”, faisant ainsi allusion à l’homme idéal de Platon auquel, bien sûr, il ne croyait pas. Lui croyait seulement à l’évidence et à la simplicité des choses et des gens, et chaque événement, chaque rencontre était l’occasion d’affirmer de la manière la plus provocante sa défiance envers les apparences et ceux qui les entretiennent. Outre sa fameuse lanterne, ses seuls biens étaient son manteau, un bâton et une écuelle dont il se débarrassa même après avoir vu un enfant boire dans ses mains. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que son logis fût des plus rudimentaires.

À cet effet, il avait récupéré une grosse jarre — ou “pithos” (πίθος) — abandonnée sur l’agora d’Athènes. La légende était née, mais curieusement c’est un “tonneau” que les traductions des textes de référence évoquent invariablement à propos de l’habitat du philosophe cynique. Or, c’est bien improbable, puisque le tonneau est une invention gauloise. Certains avancent qu’il aurait pu exister depuis plus longtemps chez les Celtes. Quoi qu’il en soit, on se demande bien comment un douteux tonneau venant de si loin aurait échoué sur l’agora d’Athènes, alors qu’on sait que les Grecs de cette époque utilisaient exclusivement des jarres en terre cuite pour conserver les denrées fluides. Par ailleurs, la quasi-totalité des représentations picturales classiques du Sinopéen le montrent assis dans une jarre.

C’est donc le langage, une fois de plus, par le biais de traductions approximatives, qui semble responsable de cette idée fausse. Ultime ironie du sort pour un philosophe qui aura passé sa vie à dénoncer les faux-semblants.

- Diogène (de Sinope) par Diogène (Laërce)

- Résumé et images du logis

- Le tonneau