Les Gaulois ont érigé des menhirs
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Une pierre dans le jardin de Goscinny
Pour reprendre les mots de Jean Jacques Breton, « Obélix est sans doute le héros de BD qui agace le plus les historiens, les préhistoriens et les protohistoriens ».
Ce ne sont ni son appétit hors norme, ni son goût immodéré pour la distribution de baffes, ni son extravagante sensiblerie et sa propension à pleurnicher à tout bout de champ qui sont en cause mais… son métier.
Pour les profanes, s’il y en a, sachez qu’Astérix et Obélix sont deux Gaulois, vivant dans un petit village sans nom situé non loin de la pointe de ce qui ne s’appelle pas encore le Finistère. Astérix est un guerrier sympathique, toujours accompagné de son inséparable ami, Obélix, qui officie comme tailleur et livreur de menhirs, ce que sa force surhumaine lui permet de réaliser sans effort (il est souvent représenté dans les premiers albums en train de porter un menhir sur son dos). Or il y a là un anachronisme de taille (sans jeu de mots).
Des anachronismes, les albums d’Astérix n’en manquent pas. Goscinny s’en était fait une spécialité mais la plupart du temps il s’agissait de clins d’œil ou de petits détails quasi indétectables (légionnaires en caleçons, chars immatriculés, paysans poussant des brouettes, etc.). Dans le cas des menhirs, c’est un peu plus gênant car ils sont associés de façon indéfectible à l’un des personnages principaux et sont même au cœur de plusieurs albums. À tel point que des générations d’enfants ne connaissent l’existence des menhirs que par le biais des albums des deux sympathiques Gaulois.
Leurs histoires se déroulent généralement entre -50 et -40 av. J.-C. De nombreux scénarios prennent quelques libertés avec les faits historiques, relatant des événements plus anciens ou situant des personnages dans des villes qui ont été créées après leur mort mais ces approximations sont généralement de quelques années. Or, dans le cas des menhirs, l’écart ne se compte pas en années mais en milliers d’années.
Il est assez peu probable qu’il s’agisse là d’un clin d’œil volontaire de la part des créateurs de la BD. La datation des mégalithes au carbone 14 date de 1959. Le premier album d’Astérix a été publié en 1961 mais le personnage a fait son apparition dans le magazine Pilote en 1959. À cette époque, on savait que les druides célébraient leurs cérémonies rituelles auprès de ces mégalithes mais sans savoir ni par qui, ni pourquoi, ni quand ils avaient été taillés. On n’en sait d’ailleurs pas beaucoup plus aujourd’hui. Le site de Carnac, notamment, évoqué avec beaucoup d’humour dans l’album Astérix en Hispanie reste un grand mystère pour les archéologues qui ne s’expliquent pas la présence de ces centaines de menhirs, érigés vers… 4 à 6000 ans av. J.-C.
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